Audiences en chute de CNews : d’autres hypothèses

Devenue leader des chaînes d’info courant 2025, la chaîne de Vincent Bolloré dégringole depuis plusieurs semaines. Hasardons cette hypothèse, certes incertaine mais que l’on peut oser : et si les gens qui regardent CNews s’étaient simplement lassés ?

Robin Andraca  • 11 mai 2026
Partager :
Audiences en chute de CNews : d’autres hypothèses
© Capture écran de Cnews

On parle suffisamment de CNews, et de son emprise sur le débat public, pour ne pas relever aussi quand le bateau tangue. Et le bateau tangue fort depuis plusieurs semaines. À la télé, un indicateur dit cela mieux que les autres : les audiences. Dans le cas de CNews, les chiffres sont formels. Devenue leader des chaînes d’info courant 2025, la chaîne de Vincent Bolloré dégringole depuis plusieurs semaines. Elle est sur ce seul mois d’avril en troisième position, derrière BFMTV et LCI (mais encore loin devant Franceinfo). 

Et si le pari de Bolloré (…) avait comme toute chose une date de péremption ? 

La faute à qui, à quoi ? Là-dessus, les hypothèses – à ce stade, difficile de sonder plus précisément l’âme des gens qui regardent – divergent. Mais une sort du lot : ce serait la faute de Trump, de Poutine, de l’embrasement au Moyen-Orient, et plus globalement de cette actualité internationale très dense, qui pousserait les spectatrices et spectateurs à fuir CNews pour aller voir ce qu’il se passe sur BFM et LCI, où, disons-le, les affaires sérieuses du monde sont mieux traitées. Pour dire les choses plus clairement encore : personne ne va sur CNews pour avoir une idée plus précise de ce qu’il se trame en ce moment autour du détroit d’Ormuz. 

Sur le même sujet : Qui a peur de CNews ?

D’autres hypothèses sont avancées, pour expliquer cette chute d’audience, comme le départ de Sonia Mabrouk, qui a démissionné début février pour protester contre le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Ou les propos racistes prononcés sur son antenne à l’égard de Bally Bagayoko (qui ont conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation ou la religion »). 

Trop c’est trop ?

Une autre hypothèse n’est pas formulée dans la plupart des articles, car plus incertaine encore. Mais dans le cadre de cet édito, on peut bien oser, quitte à le regretter ensuite si les chiffres remontent un jour : et si les gens qui regardaient CNews, qui allument encore la télé chez eux comme on allume la lumière, qui l’entendent en fond dans les cafés ou chez le coiffeur, s’étaient simplement lassés et avaient eu envie de voir ou d’entendre autre chose, après plusieurs années de débats en boucle sur l’islam, le voile ou LFI ? Et si le pari de Bolloré, réussi les premières années d’un point de vue politique et économique, avait comme toute chose une date de péremption ? 

Sur le même sujet : Pirater CNews, mode d’emploi

Il est aussi possible d’imaginer que le public ne soit pas tout à fait insensible au fait de conserver à l’antenne, malgré une condamnation définitive, un homme accusé de violences sur mineurs, alors qu’au même moment, les scandales dans le périscolaire se multiplient et bénéficient – enfin – d’une certaine attention médiatique. Autre hypothèse, qui j’en suis sûr ne fera pas non plus l’unanimité : et si même pour les habitué·es de CNews, comparer un homme noir à un singe c’était trop ? Et si même pour les habitué·es de CNews, une émission co-animée par les identitaires de Frontières, c’était trop ?

CNews a déjà tellement essaimé dans le débat public que son existence n’est peut-être déjà plus utile.

À ce stade, tout n’est qu’hypothèse. Et peut-être même que CNews a déjà tellement essaimé dans le débat public que son existence n’est déjà plus utile. Le temps nous permettra d’y voir plus clair. Mais s’il faut – après avoir documenté sa dangereuse ascension – chroniquer le lent crépuscule de CNews, comptez sur nous pour faire doctement notre travail. 

Tout Politis dans votre boîte email avec nos newsletters !
Publié dans
Sur le gril

Chaque semaine, retrouvez la chronique médias en partenariat
avec

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Alloncle et Bolloré : mariage de raison
Sur le gril 4 mai 2026

Alloncle et Bolloré : mariage de raison

Le milliardaire breton a mis tous ses médias en ordre de marche pour soutenir le rapporteur de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public, le député UDR Charles-Henri Alloncle, dans ses attaques contre le service public. Jusqu’à lui transmettre des questions.
Par Pauline Bock
Pigasse vs. Libé : un patron de gauche ne devrait pas faire ça
Sur le gril 27 avril 2026

Pigasse vs. Libé : un patron de gauche ne devrait pas faire ça

L’homme d’affaires se rêve en héros des médias de gauche… mais quand Libération enquête sur le management « brutal » de sa compagne, le voilà qui crie au « suicide collectif »… et tente de faire publier sa pub anti-Libé dans ce même journal.
Par Loris Guémart
Jean Castex et les plateaux-repas : publicité gratuite pour la SNCF
Sur le gril 20 avril 2026

Jean Castex et les plateaux-repas : publicité gratuite pour la SNCF

Un homme qui travaille pour une compagnie de train, et se trouvait dans un train, a travaillé pour une compagnie de trains ! Une information bien plus facile à raconter pour nombre de médias que le contexte réel de l’entreprise ferroviaire publique française.
Par Pauline Bock
Mariage de raison entre patronat et extrême droite
Sur le gril 15 avril 2026

Mariage de raison entre patronat et extrême droite

La relation entre Jordan Bardella Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles fait l’objet d’un article-fleuve publicitaire dans Paris Match. Mais la vraie info, au-delà de « l’idylle que personne n’attendait », c’est surtout celle entre le patronat et du fascisme.
Par Pauline Bock