Ça se tend…
Fonction publique en grève, lycéens dans la rue, pompiers en colère : trois mobilisations, une même question posée à un quinquennat finissant.
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© Thibaud MORITZ / AFP
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Lycéen·nes : « Nous continuerons jusqu’à ce que nos revendications soient entendues »On parle souvent du coût du service public. Beaucoup moins de ce qu’il coûte de ne plus pouvoir compter sur lui. Tandis que l’ensemble des syndicats appellent les agents publics à la grève ce 29 septembre, que les lycées se bloquent et que les sapeurs-pompiers défilent, c’est tout un quinquennat qui est sommé de rendre des comptes. Trois mobilisations, un même récit lu par trois bouts : celui d’un pouvoir au terme de sa course, qui laisse derrière lui des services publics à l’os.
Un État qui traite ses agents en variable d’ajustement dit ce que valent les missions qu’ils portent.
La grève de la fonction publique parle de salaire : point d’indice à revaloriser, débuts de carrière rattrapés par le Smic, indexation sur l’inflation. Revendications de « privilégiés », ricanent ceux qui la méprisent. C’est pourtant une revendication de dignité. Enseignants, soignants, agents des guichets : ces métiers tiennent le pays debout sans qu’on les regarde, jusqu’au jour où ils manquent. Un État qui traite ses agents en variable d’ajustement dit ce que valent les missions qu’ils portent.
Les lycéens, eux, ne réclament pas de prime. Ils réclament des professeurs, des classes aux effectifs raisonnables, des établissements qui tiennent debout. 180 lycées touchés lundi, 164 interpellations : voilà la réponse faite à des adolescents qui disent qu’on leur doit une école. Et rebaptiser « violences urbaines » un mouvement né d’un manque d’enseignants, c’est décider d’avance de ne pas l’entendre. Peu de gouvernements ont gagné la jeunesse en la traitant comme un problème d’ordre public, et beaucoup l’ont durablement perdue en essayant.
Les pompiers, enfin, sont le symbole le plus cruel. Ceux qu’on applaudit chaque été ont fait grève le 13 août, à l’appel de leurs neuf syndicats, après des semaines d’incendies où l’on a vu des hommes affronter le feu sans appareil respiratoire. Ils ne se plaignent pas : ils préviennent. C’est le service public lui-même qui sonne l’alarme, avec ses mots à lui, sur l’usure d’un modèle. Salaire, avenir, sécurité : trois façons de dire que l’État a cessé de tenir ses promesses envers celles et ceux qui le font fonctionner.
Reste le petit théâtre qui se rejoue à chaque fois : qui a le droit d’être là ? Bally Bagayoko devant un lycée de Saint-Denis, Louis Boyard aux côtés des élèves : on leur reproche d’« instrumentaliser », de « récupérer », de « mettre le feu aux poudres ». En somme, de n’être pas à leur place. Il faut au contraire se réjouir de les voir, ces élus de gauche – le plus souvent de la gauche de gauche –, pleinement mobilisés aux côtés de ceux qui luttent et de porter haut leurs revendications, dans la rue, les collectivités et à l’Assemblée.
Clivage
Il y a ceux qui se battent pour le monde du travail, et ceux qui ne s’en approchent que pour le faire encadrer.
Et l’on cherche d’ailleurs parmi ces détracteurs, du centre à la droite en passant par l’extrême droite, à quel moment de leur engagement politique « pour les Français », assurent-ils, ils ont été du côté du monde du travail, sur un piquet de précaires, dans le cortège du 1er mai, aux côtés d’une aide à domicile ou d’un agent d’entretien. On ne les trouve pas. Jamais. On les retrouve, en revanche, au premier rang des manifestations de policiers, ceux-là mêmes qui encadrent la contestation sociale et, à commencer par celle des lycéens, la répriment. On nous vend des camps « raisonnable » et « extrême ».
Le vrai clivage est plus simple, presque physique. Il y a ceux qui se battent pour le monde du travail, et ceux qui ne s’en approchent que pour le faire encadrer. Les seconds parlent volontiers de « place ». La leur, on la connaît : au premier rang des cortèges de policiers, jamais à côté de celles et ceux qui travaillent. Qu’on ne leur demande donc pas de choisir un camp. Ils l’ont choisi depuis longtemps.
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