Lycéen·nes : « Nous continuerons jusqu’à ce que nos revendications soient entendues »
Depuis la rentrée, des élèves du lycée Louise-Michel de Champigny-sur-Marne dénoncent la fermeture d’une classe de terminale et des conditions d’étude dégradées. L’une d’entre eux raconte leur mobilisation pour des classes moins chargées, le remplacement des enseignants absents, un accès au soutien psychologique et une meilleure protection des élèves en formation professionnelle.
dans l’hebdo N° 1934 Acheter ce numéro

© Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Je m’appelle Elina Doumbia et je suis en terminale au lycée Louise-Michel à Champigny-sur-Marne. J’ai décidé de prendre la parole pour dénoncer la fermeture d’une classe de terminale depuis la rentrée. Nous souffrons tous de cette situation et voulons absolument que cela change. Notre lycée compte environ 140 élèves de terminale générale. L’an dernier, nous étions environ 25 par classe, ce qui était très correct pour Louise-Michel, l’établissement n’ayant pas la capacité d’accueillir plus d’élèves par classe.
Nous ne pouvons pas étudier correctement dans ces conditions.
Cette année, le lycée compte quatre élèves de terminale de moins et le rectorat a eu la brillante idée de supprimer une classe entière. Nous sommes désormais 35 par classe dans quatre d’entre elles. Nous devons nous dépêcher d’entrer en cours pour avoir le luxe d’obtenir une place assise, sinon on se retrouve au milieu de la classe avec une table et une chaise installées à l’arrache. Les bavardages sont insupportables, le bruit incessant, et l’ambiance électrique. Nous ne pouvons pas étudier correctement dans ces conditions.
L’année de terminale, comme on nous le répète si souvent, est une année importante. « La plus importante de votre vie », comme les professeurs aiment à nous le dire. Mais comment pouvons-nous prendre tout cela au sérieux si même l’Éducation nationale nous complique la tâche ? Les futures générations comptent-elles vraiment aux yeux de nos dirigeants ? Notre lycée, et ce n’est pas le seul, souffre d’un terrible manque de professeurs. Énormément d’absents parmi eux ne sont pas remplacés, notamment dans des disciplines comptant pour le contrôle continu du baccalauréat. Encore une fois, comment sommes-nous censés prendre l’Éducation nationale au sérieux ?
« Les élèves doivent être mieux défendus »
Outre le manque de professeurs, il n’y a aucun soutien psychologique. À notre âge, les émotions sont particulièrement fortes et nous sommes parfois fragiles mentalement. Tout le monde devrait avoir droit à un soutien psychologique, pas seulement les élèves issus de lycées privés. Pourquoi auraient-ils plus de droits que nous ? La santé mentale est un droit et le sera toujours. De même, les professeurs absents doivent être remplacés comme ils le sont si rapidement dans l’enseignement privé. Nous sommes dans un lycée public et nous exigeons une remise à niveau.
Les professeurs absents doivent être remplacés comme ils le sont si rapidement dans l’enseignement privé.
Notre lycée offre également des enseignements professionnels et technologiques. Certains élèves, qui ont décidé d’eux-mêmes de mettre un pied dans la vie active, réalisent des stages normalement rémunérés. Mais ils ne sont payés que très rarement et très en retard. Cela serait-il admissible dans le monde du travail ? Non. Parce que c’est tout simplement illégal. Les élèves doivent être mieux défendus.
C’est donc pour toutes ces raisons que nous avons décidé d’organiser un blocus le mardi 22 septembre 2026. Ce n’était pas le premier et ce ne sera sûrement pas le dernier. Cet acte de révolte ne s’est pas exactement passé comme prévu. La direction ainsi que plusieurs agents de sécurité nous ont empêchés de bloquer l’entrée du lycée, sous peine de sanctions.
Julien Léger, militant communiste ex-candidat aux municipales, s’est déplacé devant le lycée, nous a écoutés et a même interviewé deux élèves. Les interviews ont été postées sur son compte TikTok, la direction les a vues et a convoqué une des deux élèves interrogées pour la menacer et faire en sorte qu’elle ne témoigne plus. Mais nous continuerons jusqu’à ce que nos revendications soient entendues. Pour notre avenir. Pour notre apprentissage. Pour nos rêves. Pour nous.
La carte blanche est un espace de libre expression donné par Politis à des personnes peu connues du grand public mais qui œuvrent au quotidien à une transformation positive de la société. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…
Étudiants serbes : « Nous n’aurions jamais imaginé un tel engagement civique »
« Je fais du soin dans le respect de la temporalité du patient »
« Pour un meilleur accès des journalistes handicapés à la carte de presse »