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Publié le 31 août 2016
Mort aux gays !

Mort aux gays !

Bannie de la société, pourchassée par les autorités… La communauté LGBT dérouille toujours en Afrique, comme en témoigne le reportage de Frédéric Noy dans une exposition à Visa pour l’image.

Selon Amnesty International, dans 77 pays du monde, entretenir des relations sexuelles entre adultes du même sexe est considéré comme un délit, voire un crime. C’est ce que l’organisation appelle « l’homophobie d’État ». En Afrique, avec plus de trente pays disposant de lois répressives, l’homosexualité est tantôt ignorée, instrumentalisée, tantôt stigmatisée par des gouvernements estimant qu’il s’agirait là d’une pratique déviante importée d’Occident. « Les activistes rétorquent que ce n’est pas l’homosexualité qui a été importée, mais l’homophobie, rapporte le photographe Frédéric Noy, d’abord par le colonisateur, puis par des courants évangélistes américains radicaux. »

© Politis

Depuis plusieurs années, le photographe documente la vie de la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués) dans différents pays d’Afrique de l’Est. Dans cette nouvelle édition de Visa pour l’image, son exposition rend compte des conditions de vie de ces communautés au Burundi, au Rwanda et en Ouganda. Des conditions plus ou moins différentes.

Au Burundi par exemple, en 2009, le pays révisait son Code pénal pour interdire les relations sexuelles entre personnes du même sexe, avec un article prévoyant une peine maximale de deux ans de prison et/ou une amende (jusqu’à 64 dollars). Dans ce même pays, quand une famille découvre l’homosexualité de l’un de ses membres, celui-ci est aussitôt chassé, sans ressources ni ménagement. A côté, refusant le désaveu, des activistes tentent de s‘organiser pour recréer des espaces de vie et de rencontres où enfin domine le sentiment de sécurité. On n’en est pas moins dans un repli sur soi, comme le livre en images colorées Frédéric Noy, s’invitant dans les intérieurs de la communauté.

© Politis

En Ouganda, l’État tente régulièrement de durcir sa législation. En 2013, une loi dite « mort aux gays », condamnant les homosexuels à vie, était votée, avant d’être retoquée par le Conseil constitutionnel pour absence de quorum. Mais depuis, une loi anti-sodomie du Code pénal de 1950, élaborée sous le régime colonial britannique, est de nouveau en vigueur. On est en 2016. La chasse aux gays est permanente, le risque de lynchage quotidien. Elle n’empêche pas une gay pride annuelle, une marche de la fierté, courageuse et bigarrée, couronnée par l’élection d’une miss et défiant la société, une gay pride que souligne remarquablement Noy, sur les rives du lac Victoria.

De son côté, au Rwanda, on a rejeté une modification du Code pénal visant à sanctionner l’homosexualité, tandis que le ministre de la Justice déclare que « l’orientation sexuelle relève de la vie privée ». Un havre de paix pour la communauté ? Sans doute pas. On y vit en ayant recours à la prostitution, nourri de stupéfiants, caché et dans la honte, sans protection sociale. Pour tous, la survie passe par une stratégie schizophrénique : vivre masqué pour vivre en paix.


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