La Question humaine ou le retour du refoulé
« La Question humaine » est un film sur la résonance entre la langue nazie dans l’entreprise de destruction des juifs et celle du capitalisme. Malgré quelques pesanteurs, Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval ont réussi une œuvre vivante.
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La Question humaine est l'adaptation à l'écran du récit éponyme de François Emmanuel. Sa parution (chez Stock), en 2000, avait déclenché une brève polémique car certaines âmes sensibles s'étaient émues que le livre puisse tisser des liens entre le processus de destruction des juifs et les formes d'organisation imposées par le capitalisme. Cette thèse n'est pourtant pas nouvelle (Voir aussi le texte d'Enzo Traverso qui retrace notamment l'historique de cette thèse) ni en aucun cas provocatrice.
Mathieu Amalric incarne Simon, psychologue d’entreprise ébranlé par les échos de l’Histoire. DR
Ce n'est donc pas le fruit du hasard si le titre, la Question humaine , résonne avec un autre, l'Espèce humaine , de Robert Antelme, livre majeur sur l'expérience des camps. L'une des ambitions de la Question humaine , réalisé par Nicolas Klotz et écrit par Élisabeth Perceval, se situe d'ailleurs là : dévoiler les jeux de résonances qui existent, notamment entre différents registres de langage. Ces résonances sont d'abord à prendre au premier sens du terme : elles sont sonores. Autrement dit, la parole, et aussi la musique, joue dans la Question humaine un rôle forcément capital.
Pour transposer la Question humaine , dont la langue est le sujet et l'objet travaillé, il faut croire dur comme fer dans les possibilités du cinéma, avoir une confiance inébranlable dans sa capacité à figurer, à incarner. Chez Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, témoigne de cette foi l'épure qui caractérise leurs films. Sans doute faut-il y voir la trace d'une économie réduite (d'autant plus réduite qu'aucune chaîne hertzienne n'a souhaité soutenir la Question humaine ). Mais elle
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