Colombie : « Nous craignons une intervention directe des États-Unis lors des prochaines élections »

Dans une interview exclusive, María José Pizarro, sénatrice colombienne, figure importante de la gauche de ce pays, analyse les menaces venant des États-Unis.

Pablo Castaño  • 12 janvier 2026
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Colombie : « Nous craignons une intervention directe des États-Unis lors des prochaines élections »
Une Marche pour la souveraineté et la démocratie contre les menaces du président américain Donald Trump à l'encontre du président colombien, à Cali, en Colombie, le 7 janvier 2026.
© JOAQUIN SARMIENTO / AFP

La sénatrice María José Pizarro est l’un des visages les plus visibles de la gauche colombienne, et l’un des principaux soutiens d’Iván Cepeda, candidat du Pacte historique aux élections présidentielles qui auront lieu en mai et juin de cette année. Elle s’entretient avec Politis à Madrid, où elle participe à une tournée avec le candidat pour recueillir le soutien de la communauté colombienne d’Espagne, et pour demander l’appui des forces politiques européennes face aux menaces de Donald Trump contre la Colombie et son président, Gustavo Petro.

Comment évaluez-vous l’attaque des États-Unis contre le Venezuela et les menaces contre la Colombie et d’autres pays de la région ?

María José Pizarro : Nous ne pensons pas que Donald Trump agisse uniquement par attitude émotionnelle ou délirante. Il s’agit d’une stratégie définie dans le cadre de la stratégie de sécurité nationale et de la nouvelle relation avec l’Amérique latine et l’hémisphère occidental. Si l’on regarde les documents récents publiés par le gouvernement Trump, cette même stratégie de sécurité, dans un document passé inaperçu, montre un intérêt clair pour établir une nouvelle position hégémonique dans l’hémisphère occidental. Cela concerne non seulement l’Amérique latine, mais aussi l’Europe, avec les déclarations sur le Groënland.

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Accordez-vous du crédit aux menaces de Trump contre le président Gustavo Petro ?

Tant que nous aurons le porte-avions au large des côtes de la mer des Caraïbes, nous continuerons de considérer qu’il existe une menace imminente contre la Colombie, contre notre souveraineté et contre le président Petro.

Pensez-vous que l’appel entre Petro et Trump du 8 janvier résout la situation ou ne sera qu’une parenthèse ?

C’est une parenthèse. Le porte-avions est toujours là et le président reste sur la liste OFAC [liste des personnes supposément liées au trafic de drogue, publiée par les États-Unis, N.D.L.R.].

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Craignez-vous une intervention directe des États-Unis lors des prochaines élections ?

Tout à fait. Cette visite en Espagne est en partie pour demander aux forces politiques espagnoles et européennes, tant au Parlement espagnol qu’européen, la nécessité d’observer les élections en Colombie et d’établir des canaux pour réagir.

Ce n’est pas une menace uniquement contre l’Amérique latine.

Comment évaluez-vous la réaction de l’Union européenne et des pays européens face aux menaces de Trump ?

Nous sommes à un moment où il ne s’agit pas seulement de réactions et de communiqués. Nous parlons de la nécessité d’une articulation entre les gouvernements, les organisations sociales et les secteurs de la population et du spectre politique qui défendent la démocratie. Ce n’est pas une menace uniquement contre l’Amérique latine, nous parlons d’une nouvelle politique stratégique de sécurité qui implique le continent européen et l’Afrique.

La population colombienne a-t-elle vu ses conditions de vie s’améliorer sous le gouvernement Petro ?

Évidemment. Il y a une augmentation cumulative de 67 % du salaire minimum, une réforme du travail qui reconnaît des droits aux travailleurs et la croissance de secteurs stratégiques comme l’agriculture, le tourisme et la transition énergétique, le tout au bénéfice des citoyens et des communautés.

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Mais la majorité des sondages indiquent que moins de la moitié des citoyens soutiennent le gouvernement. Pourquoi ? Quelles ont été les principales erreurs ou limites du gouvernement ?

Bien sûr, il y a des choses à revoir et à améliorer, comme la sécurité et la corruption. Cependant, de l’année dernière à maintenant, le soutien au gouvernement est passé de 27 % à 41 %. Il y a une reconnaissance du travail accompli par le gouvernement au milieu d’une persécution inédite contre le président Gustavo Petro. Pas seulement par les États-Unis, mais aussi en termes médiatiques et politiques par l’opposition.

Petro s’était fixé pour objectif d’obtenir la paix totale, mais le conflit interne reste actif en Colombie. Qu’est-ce qui a échoué dans la politique de paix ?

En Colombie, tout effort pour la paix sera toujours nécessaire. Ce avec quoi nous ne sommes pas d’accord, c’est que la recherche de la paix soit proscrite et que l’on revienne uniquement à des solutions militaires, qui ont un coût élevé en vies humaines. Il y a des choses à revoir dans le modèle de [politique pour la] paix car la dynamique du conflit a changé. Nous sommes dans un troisième cycle du conflit, qui a des caractéristiques différentes des autres étapes de la violence, et un dialogue large est nécessaire pour définir la politique de paix dans cette nouvelle période.

Les forces progressistes ont un dialogue constant.

Si le candidat de la gauche, Iván Cepeda, est élu président, quelles devraient être ses priorités ?

Le peuple colombien, les personnes appauvries, surmonter les inégalités sociales et territoriales.

La droite ou l’extrême droite a remporté les dernières élections dans divers pays d’Amérique latine. Comment expliquez-vous la croissance rapide de l’extrême droite ?

Nous avons une détérioration de l’économie et des conditions de vie dans des endroits comme l’Argentine, qui se traduit par un mécontentement envers les gouvernements progressistes. En Colombie, cependant, l’économie ne s’est pas détériorée. Les indicateurs macroéconomiques sont bons.

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Donald Trump soutient de manière plus ouverte les partis d’extrême droite en Amérique latine et en Europe. La gauche est-elle aussi unie internationalement que l’extrême droite ?

Pas de la même manière. Il existe des espaces de dialogue entre les secteurs progressistes, comme le Groupe de Puebla, le Réseau Futuro et d’autres réseaux. Cependant, le capital économique, à travers les grands pouvoirs économiques, facilite l’articulation de l’extrême droite, c’est un défi que nous devons surmonter. Néanmoins, les forces progressistes ont un dialogue constant. En France, nous avons des liens de communication avec La France Insoumise.

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Publié dans le dossier
Qui peut arrêter Trump ?
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