Journal de campagne

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Nous voilà déjà à quatre mois de l’élection. Et pour cette campagne présidentielle, j’ai choisi un hymne, celui de « Super Rebelle président, président pour la France, Super Rebelle président, président des Français » , sur l’air de « Tata Yoyo » . C’est donc l’hymne avec lequel je suis reçu à chaque meeting, dans un lieu de convivialité, c’est-à-dire sur scène ou dans les cafés. C’est un moment important : la politique est devenue un spectacle, l’emballage a donc pris le pas sur le contenu.

Pour cet hymne sur l’air de « Tata Yoyo » , j’ai fait simple, je le reconnais. Normalement, c’est tout un staff qui s’en charge, mais mon équipe ne connaît pas de président africain. Nous n’avons donc pas de moyens.
Je rappelle que le mouvement rebelliste est né le 6 mai dernier, devant le Fouquet’s, tandis que je déclarais ma flamme à la nation. Sur Facebook, nous fêtons aujourd’hui le deux millième adhérent au mouvement rebelliste, dans un parti qui compte également des Rebelliens puisque nous avons deux mouvements de pensée, pour faire comme tout le monde. Nous serons donc bientôt plus nombreux que l’extrême gauche, le Nouveau Centre et François Bayrou (vu qu’il y a deux centres dans le milieu !).

Chaque soirée, chaque meeting est un moment gravé dans l’histoire. Où je m’explique :
En cette période de marasme économique, financier, culturel, social, sexuel et politique, devant ce monde en perte de repères et de sens, devant l’augmentation de la consommation d’antidépresseurs, et le retour à la foi des âmes laïques et égarées, face à la montée du dépit national, face au rejet de la chose politique, face à la résignation générale, au découragement et à l’angoisse, face à la perte des trois A (Ha ! Ha ! Ha !) et, pire que tout, face à l’indifférence, à l’urne vide qui pleure de la fente, devant le spectacle politique souvent navrant, grotesque, où les images l’emportent sur les idées, où le faire-savoir a pris le pas sur le savoir-faire, où la forme a étouffé le fond, où la mise en scène remplace l’absence de texte, dans ce monde où les gens deviennent individualistes pour se protéger, se sentent abandonnés par la démocratie, j’ai décidé en mon âme et conscience d’être candidat libre et virtuel à la prochaine élection présidentielle.

Je suis donc un faux candidat pour une vraie parole. Le candidat des mal-baisés, des dépités, des angoissés, des résignés, des indifférents, des abstentionnistes, des votes blancs et des votes nuls, le porte-parole des muets pour crier haut et fort : nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes ! Je me retrouve donc en candidat hors système, hors catégorie, hors liste, hors jeu, à la tête de millions d’électeurs, à la tête du parti majoritaire en France.

Mon but est que cette majorité devienne une minorité. J’entends perdre ces élections. Je suis le candidat que l’on peut soutenir sans voter pour lui, je veux être le vide-ordures du dépit. Moins ils nous prendront pour des truffes, moins la poubelle sera pleine. En les caricaturant, en étant leur miroir déformant, je veux redonner tout son sérieux à la politique. Et au sauvignon.

Je suis un pitre ; je suis à ma place. Qu’ils restent à la leur.
Dans cette époque lisse, hygiénique, victime d’un retour au couvre-feu moral, nous avons besoin d’un bon Grenelle des consciences. Je serai donc populiste, démago et menteur. Une caricature. L’inverse de la morale, car s’il n’est pas moral d’aller aux putes, il n’est pas interdit d’en être une ! Mais la route est longue qui mène au bordel, d’autant que le racolage passif est interdit, sauf en politique.

Il convient d’aborder cette campagne sous son volet économique. En effet, nous sommes en pleine crise, grave, parce qu’elle touche les pays riches. Nous subissons un modèle appelé le néolibéralisme, basé sur l’autorégulation, un modèle qui fonctionne de lui-même : nous avançons, ils régulent, comment veux-tu que… Leur principe est simple : à quoi sert-il de violer les gens quand on peut les baiser ? !

En tant que candidat, je me demande si nous ne vivons pas une manipulation. Ne nous prépare-t-on pas au pire pour nous faire avaler des choses ? Avec des krachs boursiers en série. Tout cela à cause de ces fainéants de Grecs, d’Italiens et de Portugais ! Un référendum grec pour répondre à la dette ? Mais qu’est-ce que la démocratie vient faire là-dedans ? ! Pendant ce temps, Zébulon Ier, qui s’est chié dessus idéologiquement depuis le début, prétend ne pas avoir augmenté les impôts et s’attaque aux fraudeurs et aux voleurs, c’est-à-dire aux assistés et aux malades. C’est logique : il vaut mieux s’attaquer à un chômeur malade qu’à un PDG en bonne santé. On risque moins. J’invite donc tout le monde à ne pas baisser les bras, et à continuer à bander. Dans ce contexte, l’un des slogans de Super Rebelle est donc : « Rendez-nous les clés ! »

Quant au programme, voici quelques propositions : et pour commencer, afin de rembourser la dette, je suggère de vendre la tour Eiffel au Qatar. Toujours en termes de finances, j’entends interdire toutes les campagnes antitabac, drogues et alcools dont la TVA sur ces produits ne sert qu’à rassurer les bonnes consciences. Légalisons tout ! D’autant que la diabolisation et la multiplication des contrôles ont entraîné une baisse conséquente de la convivialité et un alcoolisme individualiste. D’ailleurs, une sérieuse étude suisse démontre que ceux qui travaillent 50 heures ou plus par semaine sont de 1,8 à 3,8 fois plus susceptibles d’avoir des difficultés avec l’alcool. Travailler plus pour boire plus ! Il faudrait donc travailler moins si l’on veut diminuer la consommation. Ce qui nuirait certes à notre compétitivité. Dans ce cas, je propose à l’État, pour augmenter ses dividendes, de légaliser, cultiver et commercialiser lui-même les drogues, de nationaliser la fabrication et la distribution de tabac et d’alcool. Et d’encourager la consommation pour lutter contre l’endettement. Tous ensemble contre la dette, buvons, fumons et droguons-nous !


Christophe Alévêque est candidat à la présidence de la République sous l’étiquette
du rôle-titre de son spectacle, Super Rebelle.

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