État d’urgence : quelle pertinence ?

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 22 décembre 2015
Partager :
État d’urgence : quelle pertinence ?
© Photo : AFP / ETIENNE LAURENT

Décrété après les attentats du 13 novembre, l’état d’urgence, a été prolongé le 26 novembre pour une durée de trois mois. Si l’intention de cette mesure d’exception était de prévenir tout acte de terrorisme, qu’en est-il réellement ? Le bilan, chiffré, interroge notamment la pertinence du projet gouvernemental visant à inscrire l’état d’urgence dans la Constitution, qui ne prévoit que l’état de siège.

Lire > Les projets de l’exécutif pour rendre permanent l’état d’exception

Si l’état d’urgence a permis de multiplier les perquisitions administratives, hors de toute procédure judiciaire, une minorité seulement a donné lieu à des interpellations. Depuis le 14 novembre, plus de 2.764 perquisitions administratives ont été menés, menant à seulement à 294 gardes à vue.

De même, plus de 368 personnes ont été assignées à résidence par le ministère de l’intérieur. Parmi elles, des militants écologistes assignés ont témoigné de leur incompréhension et se sont interrogés sur la nécessité à bâillonner la société civile en pleine COP 21.

Loin de se concentrer sur la lutte contre le terrorisme, ces mesures ont ratissé trop large pour certains, conduisant à des perquisitions et assignations abusives.

Lire > Des militants écologistes assignés à résidence

Le Défenseur des droits Jacques Toubon s’est ému , ce matin sur France 2, d’ «un certain nombre de dérives» :
«A la fois par les réclamations que je reçois, et par le travail qui est fait par l’Assemblée nationale et le Sénat, il y a un certain nombre de dérives, ou plutôt d’approximations. (…) Les mesures qui ont été prises, perquisitions administratives, assignations à résidence, ont été prises un peu larges.»
Pour cet ancien ministre de la Justice, «aujourd’hui, la loi a prévu des restrictions de liberté. Mais (…) au fur et à mesure, on va s’apercevoir qu’il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures qui ont été prises ont été excessives» .
M. Toubon a par ailleurs qualifié l’inscription de l’état d’urgence dans la Constitution comme «grosse de danger» si y sont inscrites «des dispositions qui permettraient d’introduire ensuite des mesures plus restrictives pour les libertés» .

Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) par l’un des 26 militants assignés à résidence, les Sages vont examiner dans la journée la conformité de ces mesures. Si le Conseil constitutionnel devait prononcer ces assignations non conformes au texte fondamental, les opposants à la réforme constitutionnelle – proposée mercredi au Conseil des ministres – pourraient faire valoir, selon l’avocat Patrice Spinosi, qui représente la Ligue des droits de l’Homme (LDH), que «la loi a été trop loin et qu’il ne faut pas changer la Constitution pour faire rentrer de force des mesures contraires à des principes essentiels» .

Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte
Analyse 16 juillet 2026 abonné·es

Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte

Insoumis, socialistes, communistes et écologistes considèrent que l’officialisation de la candidature de Marine Le Pen au détriment de Jordan Bardella ne change pas la donne. Les stratèges s’apprêtent néanmoins à l’affronter sur le terrain de la probité. Mais pas seulement.
Par Lucas Sarafian
« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »
Entretien 13 juillet 2026 abonné·es

« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »

Marine Le Pen sera bien candidate à l’élection présidentielle de 2027. Et ce malgré sa condamnation en appel, le 7 juillet, pour détournement de fonds publics. Le politologue américain Steven Levitsky analyse son attitude face à la justice en la comparant avec celle d’autres populistes frappés par des affaires judiciaires dans le monde.
Par Juliette Heinzlef
Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos
Récit 10 juillet 2026 abonné·es

Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos

Les militants socialistes décident d’embarquer leur parti dans une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place publique. Selon ses détracteurs, le processus est taillé pour Raphaël Glucksmann. Olivier Faure est mis en minorité dans son propre parti.
Par Lucas Sarafian
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet