Macron, l’impuissant

Les avions tracent des couleurs dans le ciel, les blindés défilent, les discours exaltent la puissance française. Pourtant, jamais le décalage entre l’image projetée par Emmanuel Macron et son incapacité à infléchir le cours des événements n’a semblé aussi grand.

Pierre Jacquemain  • 15 juillet 2026
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Macron, l’impuissant
Le président français Emmanuel Macron passe les troupes en revue lors du défilé militaire annuel du 14 juillet sur les Champs-Élysées à Paris, le 14 juillet 2026.
© Ludovic MARIN / AFP

Les images du défilé du 14-Juillet étaient saisissantes ! Plus Emmanuel Macron semble perdre prise sur les grands bouleversements du monde, plus il met en scène la puissance de la France. Défilé du 14-Juillet, démonstrations militaires, réunion de l’« Alliance des volontaires » avec une trentaine de pays européens et alliés : tout concourt à donner l’image d’une France forte, influente, capable d’agir. « Pour défendre la paix, il faut montrer les muscles », a déclaré le chef d’état-major des armées.

Le problème, c’est que derrière cette démonstration de force, la réalité est tout autre. La France pèse de moins en moins sur les grandes crises internationales. À Gaza, Paris condamne sans parvenir à faire évoluer la situation. En Ukraine, la guerre se poursuit sans perspective politique claire. Face aux frappes américaines contre l’Iran, Emmanuel Macron assiste davantage aux événements qu’il ne les influence. Et le retour de Donald Trump au premier plan rappelle chaque jour un peu plus combien l’Europe dépend désormais de décisions prises ailleurs.

Lorsqu’on ne peut plus agir, on cherche souvent à donner l’impression que l’on est encore puissant. Les défilés remplacent les résultats, les discours martiaux se substituent à l’influence diplomatique. Ce n’est pas propre à la France, mais Emmanuel Macron en a fait un véritable mode de gouvernement.

Lorsqu’on ne peut plus agir, on cherche souvent à donner l’impression que l’on est encore puissant.

Cette impuissance dépasse largement les questions internationales. Elle est aussi sociale. Élu en promettant de réconcilier efficacité économique et justice, Emmanuel Macron laissera un pays plus inégalitaire qu’il ne l’a trouvé. Les services publics se dégradent, la pauvreté progresse et les difficultés du quotidien s’installent pour une part toujours plus importante de la population. Les milliards d’euros versés aux entreprises au nom de la compétitivité n’ont jamais produit le ruissellement promis. En revanche, les dividendes n’ont cessé d’augmenter.

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Son bilan est celui d’un État qui demande toujours davantage aux salariés, aux chômeurs et aux retraités, tout en préservant les intérêts des plus favorisés. Réforme de l’assurance chômage, report de l’âge de la retraite, restrictions budgétaires, flexibilisation du travail : ces choix ont durablement déplacé le débat public vers la droite.

Mais il existe une autre forme d’impuissance, peut-être la plus inquiétante : celle face à la crise écologique. Alors que les records de chaleur se multiplient, que les sécheresses deviennent la norme et que les incendies gagnent du terrain, le pouvoir donne le sentiment de courir en permanence derrière les événements.

Au moment même où la forêt de Fontainebleau brûle aux portes de Paris, rappelant que le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine mais une réalité qui atteint désormais le cœur du pays, le gouvernement continue de traiter l’écologie comme une priorité secondaire. Les objectifs sont revus à la baisse, les mesures ambitieuses sans cesse repoussées, tandis que les catastrophes s’enchaînent.

Le paradoxe est cruel. Celui qui promettait en 2017 de faire reculer le Rassemblement national en répondant aux colères des Français laisse une extrême droite plus forte que jamais, aux portes du pouvoir. Pas seulement parce qu’elle aurait davantage convaincu, mais aussi parce que le macronisme a fini par reprendre une partie de ses thèmes : la réponse sécuritaire à tous les problèmes, la méfiance envers les plus précaires ou encore les débats identitaires qui envahissent l’espace public au détriment des enjeux sociaux et écologiques.

Mais il existe une autre forme d’impuissance, peut-être la plus inquiétante : celle face à la crise écologique.

L’impuissance ne signifie pas l’absence de pouvoir. C’est parfois disposer de tous les leviers pour agir sans parvenir à changer le cours des choses. Emmanuel Macron aura exercé l’un des pouvoirs présidentiels les plus forts de la Ve République. Il aura bénéficié d’une majorité absolue, d’institutions permettant de décider rapidement et d’une concentration du pouvoir rarement atteinte.

Au terme de son mandat, que restera-t-il ? Une France plus divisée, des services publics fragilisés, une Europe toujours dépendante, une crise écologique qui s’aggrave et une extrême droite qui n’a jamais semblé aussi proche du pouvoir. Les avions pourront toujours dessiner des traînées bleu-blanc-rouge dans le ciel du 14-Juillet. Mais aucune démonstration militaire ne peut durablement masquer l’absence de résultats politiques. La force ne se mesure pas à la puissance que l’on affiche. Elle se juge à la capacité de transformer le réel.

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