Interdiction des sacs plastiques: une affaire en or pour la grande distribution

Entre les économies et la vente des sacs réutilisables, les grandes surfaces s’offrent des millions d’euros de chiffre d’affaires

Claude-Marie Vadrot  • 2 juillet 2016
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Interdiction des sacs plastiques: une affaire en or pour la grande distribution
© Photo: JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Les grandes surfaces se gardent bien de crier trop fort contre la suppression légale (article 75 de la loi de transition énergétique) depuis le premier juillet, des sacs de caisse ou des sachets, dits à usage unique, de moins de 50 microns d’épaisseur destinés à emballer les fruits et légumes avant la pesée. Après avoir protesté depuis des années, en concertation avec les fabricants de ces sacs qui parsèment les rues et la nature, elles se sont rendu compte que l’interdiction (déjà souvent observée depuis des mois) constituait une excellente affaire, même si tel n’était pas l’objectif du législateur. De plus, les sacs étant importés à plus de 80 % des pays du Sud, leur disparition, contrairement à ce qui a été claironné, n’aura pas d’incidence sur l’emploi.

D’après la revue Linéaires, le magazine qui commente chaque semaine l’actualité du libre-service et n’a pas pour habitude de critiquer le secteur qui la fait vivre, non seulement la suppression des sacs permet aux enseignes de réaliser une économie annuelle de plusieurs centaines de millions d’euros, mais la vente aux clients de sacs réutilisables a représenté un chiffre d’affaires de 177 millions d’euros en 2014, rien que pour l’enseigne Leclerc. Ce qui situe actuellement le chiffre d’affaires du sac renouvelable, écologiquement correct, payant et souvent voué à la disparition chez le client, à plus de 500 millions d’euros pour toutes les enseignes réunies.

Chiffre qui va grimper rapidement. Ce qui explique, par exemple, la publicité mensongère qui paraît depuis trois jours dans la presse écrite, publicité dans laquelle Leclerc se vante d’appliquer la réglementation depuis 1996 et promeut ses sacs payants à usages multiples, transformant la clientèle en messager publicitaire.

La grande distribution a rapidement compris comment transformer en bonne affaire les récriminations de la clientèle réticente à se passer des sacs gratuits. D’autant plus que les clients, qui oublient souvent de rapporter les sacs réutilisables, finissent par les transformer en sacs-poubelle bien que les ayant payés entre 3 et 7 centimes à la caisse selon les marques. Un prix « indolore » mais qui rapporte pour un objet dont la biodégradabilité reste d’ailleurs problématique. Tout comme leur origine puisqu’ils sont majoritairement fabriqués à partir de maïs et de pomme de terre, ce qui représente un indéniable détournement de produits alimentaires.

En attendant que la majorité de consommateurs se munisse de ses propres sacs ou cabas, ce qui est loin d’être gagné tant sont fortes les mauvaises habitudes créés depuis des années par les super ou hypermarchés, la grande distribution va maintenant pleurer sur l’usage obligatoire de sacs en papier ; en expliquant qu’elle devra « probablement » répercuter le coût de leur usage sur les prix des aliments frais. Il y a pourtant longtemps que les magasins spécialisés dans le bio ont instauré leur usage sans être conduits à la faillite…

Société
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