2017, année de l’eau publique ?
La réforme territoriale offre une occasion historique de reprendre au privé une grande part de la distribution de l’eau. À moins que les multinationales ne parviennent, au contraire, à accroître leur emprise.
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C’est un petit monde en ébullition. D’ici à trois ans, la gestion de la production et de la distribution d’eau devra être transférée des communes vers les intercommunalités. Partout en France, les villes doivent donc passer le relais. Une occasion inespérée de rouvrir des dossiers souvent opaques et verrouillés par des jeux de pouvoir ancrés depuis des décennies.
Les multinationales de l’eau (Veolia, Suez et la Saur) contrôlent aujourd’hui 61 % de la distribution d’eau en France, en nombre d’usagers. Elles en tirent une rente confortable grâce à une clientèle forcément captive. Plusieurs grandes villes, cependant, ont fait le choix d’une régie municipale. Et la France est constellée de petites régies publiques gérées directement par les communes. Un juteux marché potentiel ! En se réunissant en communautés de communes, les futures régies des eaux aiguisent donc l’appétit des multinationales. « Le risque, est important, du fait de la mutualisation dans les petites communes, que les multinationales gagnent du terrain », pointe Gabriel Amard, membre de la Coordination nationale eau-bien commun, ancien maire Parti de gauche de Viry-Châtillon (Essonne). Mais les partisans d’une gestion publique pourraient tout autant emporter des victoires majeures.
Ce sera l’enjeu d’une guerre féroce en région parisienne. Depuis un siècle, les deux leaders mondiaux de la gestion privée, Veolia et Suez, se partagent le territoire. Ils cohabitent malgré eux depuis 2010 avec l’énorme régie publique Eau de Paris, devenue un symbole mondial d’une reprise en main citoyenne de ce bien commun qu’est l’eau.
Grâce à ses nombreux appuis politiques, Veolia a verrouillé son emprise sur la distribution d’eau