Les fonctionnaires se mobilisent mardi dans l’unité

L’ensemble des organisations syndicales de la fonction publique appellent à faire grève et manifester demain. Un front unitaire difficile à trouver dans le combat contre les ordonnances réformant le droit du travail.

Vincent Richard  • 9 octobre 2017
Partager :
Les fonctionnaires se mobilisent mardi dans l’unité
© photo : Michael Bunel / NurPhoto

Une mobilisation « exceptionnelle » : c’est ainsi que Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a qualifié ce matin sur France Info la journée de protestation des agents de la fonction publique du 10 octobre. Si cette mobilisation est annoncée forte par les syndicats, et si près de 130 manifestations et rassemblements sont prévus dans 90 départements, elle est déjà exceptionnelle par le front syndical uni qu’elle montre, en opposition à la désunion qu’on observe depuis le début du mouvement de contestation des ordonnances réformant le Code du travail. En effet, les neuf organisations de la fonction publique (CGT, FSU, Solidaires, FO, CFDT, Unsa, CFTC, CGC, Fédération autonome) appellent conjointement à faire grève et manifester.

La raison : un ras-le-bol chez les fonctionnaires devant l’accumulation des « mesures négatives […] pour les agent.e.s de la fonction publique : gel de la valeur du point indice, rétablissement de la journée de carence perspective de 120 000 suppressions d’emplois sur les trois versants de la fonction publique [d’État, territoriale, hospitalière] ». À cela s’ajoutent des insatisfactions par secteur, comme la suppression des emplois aidés dans l’Éducation nationale ou la dégradation de leurs conditions de travail pour les personnels hospitaliers.

L’unité du mouvement s’explique aussi par la stratégie différente suivie par les organisations les plus hésitantes à s’engager dans un mouvement de protestation de rue, en premier lieu la CFDT. Lundi matin, sur RTL, Laurent Berger, son secrétaire général, a expliqué la participation de son syndicat au mouvement de la fonction publique par le fait que, contrairement au combat contre les ordonnances, _« demain, il y a des débouchés possibles », sous-entendant que du côté de la réforme du Code du travail, la partie était jouée, alors même que l’organisation réformiste a réaffirmé son opposition à de nombreux points des ordonnances. De plus, les revendications des fonctionnaires, que Laurent Berger résume en une demande de « reconnaissance » et de « gain de pouvoir d’achat », n’impliquent pas d’engager un bras de fer idéologique avec le gouvernement aussi profond que sur les ordonnances.

Près de 6 Français sur 10 soutiennent le mouvement contre les ordonnances

Afin de préserver cette unité dans la fonction publique, aucune organisation, sauf Solidaires, n’a appelé à faire du 10 octobre une journée de convergence public-privé. La poursuite du mouvement contre les ordonnances est néanmoins toujours à l’ordre du jour pour plusieurs autres organisations syndicales, notamment la CGT, mais également Force ouvrière, où la ligne très conciliante de Jean-Claude Mailly a été remise en cause par le parlement de la confédération, qui appelle maintenant à bâtir une journée unitaire avant la ratification des ordonnances. Dans un numéro d’équilibriste assez stupéfiant, le secrétaire général de FO a également rappelé, ce matin sur RMC n’avoir cependant « pas le mandat pour le retrait global des ordonnances ».

L’ensemble des organisations syndicales se réunissent ce soir pour débattre des suites de la mobilisation contre les ordonnances. La perspective d’un mouvement aussi unitaire que celui de la fonction publique est cependant improbable, tant la CFDT est déterminée à ne pas suivre la CGT dans la rue. Ainsi, pour Laurent Berger, « le baroud d’honneur, c’est dramatique pour le syndicalisme ». Les autres organisations syndicales sauront-elles lui donner tort ?

En tout cas, selon un sondage Harris Interactive pour LCP publié lundi, près de six Français sur dix (57 %) déclarent soutenir les grèves et les manifestations contre les ordonnances ; 22% des personnes disent qu’elles pourraient participer à des grèves et manifestations et 35 % soutiennent le mouvement mais sans souhaiter y participer.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Après la mort d’El Hacen Diarra, « la France veut copier Trump ou quoi ? »
Reportage 22 janvier 2026 abonné·es

Après la mort d’El Hacen Diarra, « la France veut copier Trump ou quoi ? »

Le 14 janvier, El Hacen Diarra mourrait au commissariat du 20e arrondissement parisien, après une violente interpellation de la police. Au foyer des Mûriers, où il vivait avec d’autres travailleurs migrants, la tristesse et l’envie de justice se mêlent à la peur croissante de la police.
Par Pauline Migevant
Aide à mourir : loi validiste ou avancée sociale ? Un débat pour comprendre
Entretien 20 janvier 2026 abonné·es

Aide à mourir : loi validiste ou avancée sociale ? Un débat pour comprendre

L’une est radicalement contre, l’autre est nécessairement pour. La cofondatrice du collectif antivalidiste Les Dévalideuses, Céline Extenso, débat avec l’un des plus fervents défenseurs du projet de loi sur l’aide à mourir, le député écologiste de Dordogne Sébastien Peytavie.
Par Hugo Boursier
Aide à mourir : « J’ai peur qu’on me rembourse mon euthanasie plutôt que mon traitement »
Analyse 20 janvier 2026 abonné·es

Aide à mourir : « J’ai peur qu’on me rembourse mon euthanasie plutôt que mon traitement »

Après plusieurs reports, la proposition de loi sur l’aide à mourir est examinée au Sénat. Un texte redouté par de potentiels futurs patients et soignants concernés, tant son application reste floue dans un système de santé déjà fragilisé.
Par Isya Okoué Métogo et Chiara Kahn
Budget : après l’échec du compromis, Lecornu s’en sort par la force
Budget 20 janvier 2026 abonné·es

Budget : après l’échec du compromis, Lecornu s’en sort par la force

Devant son incapacité à faire vivre sa méthode de gouvernement, le premier ministre renonce à son engagement sur le 49.3. Mais il devrait réussir à tenir et imposer son budget grâce à la fébrilité des socialistes et de la droite.
Par Lucas Sarafian