Après la mort d’El Hacen Diarra, « la France veut copier Trump ou quoi ? »

Le 14 janvier, El Hacen Diarra mourait au commissariat du 20e arrondissement parisien, après une violente interpellation de la police. Au foyer des Mûriers, où il vivait avec d’autres travailleurs migrants, la tristesse et l’envie de justice se mêlent à la peur croissante de la police.

Pauline Migevant  • 22 janvier 2026 abonné·es
Après la mort d’El Hacen Diarra, « la France veut copier Trump ou quoi ? »
Des tags en hommage à El Hacen Diarra recouvrent les murs du quartier.
© Pauline Migevant

En haut de la rue Fernand Léger, dans le XXe arrondissement de Paris, des murs viennent d’être recouverts de peinture fraîche. On distingue encore ce qui y avait été tagué en bleu : « RIP El Hacen Diarra tazé tué par la police ». Dans des rues adjacentes, d'autres hommages et des appels à témoin placardés sur chaque lampadaire. On voit le visage d’El Hacen Diarra, un homme mauritanien sans papiers, mort après une violente interpellation par la police la semaine dernière. Une semaine après, restent les banderoles déployées par ses proches lors du rassemblement de dimanche.

Des appels à  témoins ont été placardés dans tous le quartier, avec le visage d'El Hacen. (Toutes photos : Pauline Migevant.)

Dans une chambre du 6e étage, où vivait El Hacen avec son cousin Moussa, un des délégués du foyer, Sylla, parle à la famille du trajet de la manifestation de dimanche. Elle doit partir du foyer et aller jusqu’au commissariat du XXe dans lequel El Hacen est mort, à 600 mètres de là. Ils sont en colère. Un moment d’absence les traverse par moment. Un de ses proches sert du thé. Il précise au passage que le soir du 14 janvier, avant d’être interpellé par la police, c’est El Hacen qui avait préparé la boisson, très sucrée comme il faut.

Le soir de sa mort, c'est El Hacen qui avait préparé le thé.

Pour parler via Whatsapp à sa mère et à sa sœur en Mauritanie, il empruntait le portable de ses proches, comme Keita. Assis sur le lit, ce dernier ne dit pas un mot. Il se lève pour diffuser le dernier message vocal qu’El Hacen a envoyé à sa mère. Son titre de séjour avait expiré, et faute de rendez-vous à la préfecture, il s’était retrouvé sans papiers et avait perdu son travail.

Il avait fait des faux documents pour travailler quand même, de temps à autre. Dans son dernier message, El Hacen la rassure lui disant que, malgré les difficultés, il va trouver du travail. Il lui souhaite une bonne nuit et passe le salut à toute la famille. Le message a été envoyé à 21 h 04. Moussa regardait le match de la CAN mais El Hacen, lui, « ne s’intéressait pas au foot ». Il est descendu vers 21 h 30.

Parfois, il se mettait dans l’escalier central, ceint de murs jaunes et blancs, adossé au mur, pour ne pas gêner les autres résidents. Tous ceux qui l’ont connu le disent : il était discret, gentil, ne dérangeait personne. Quand il voulait fumer, il prenait son café et s’asseyait dehors, sur un petit muret en face du foyer.

« Vous m’étranglez »

La soirée de la mort d'El Hacen est « comme d’habitude ». Mais la police l’interpelle violemment. Après le match, quand Moussa descend, d’autres résidents le préviennent : « La police a attrapé ton cousin ! ». Ils l’emmènent au commissariat pour usage de faux documents, détention de produit stupéfiant et rébellion. Ses proches ne reverront plus El Hacen vivant.

Le soir même, la nouvelle s’est diffusée comme une traînée de

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