À la Marche pour le climat, des citoyens mobilisés par l’effet Hulot

50 000 personnes ont participé à la Marche pour le climat à Paris, 115 000 dans toute la France. Des participants en partie mobilisés par le « coup de gueule » de Nicolas Hulot.

Mathieu Pedro  • 9 septembre 2018
Partager :
À la Marche pour le climat, des citoyens mobilisés par l’effet Hulot
© ALAIN PITTON / NURPHOTO

Au beau milieu de la place de l’Hôtel de Ville de Paris, une femme distribue des gants aux jeunes qu’elle croise. « Je leur demande de ramasser les mégots », explique Martine. Pourtant, il y a de l’agitation le long de la rue Rivoli : nous sommes ce samedi 8 septembre à la Marche pour le Climat. Des milliers de personnes attendent devant l’institution municipale parisienne pour défiler jusqu’à place de la République. Pour la septuagénaire, c’est « clairement » Nicolas Hulot qui l’a motivée à venir aujourd’hui. « C’est ma première marche tout court. J’ai fait deux manifestations dans ma vie : celle après les attentats à Charlie Hebdo et celle-ci pour le climat. Ce sont des convictions qui dépassent tout clivage politique. »

Cette Parisienne est venue seule, pour proposer « une action concrète au lieu de seulement parler et marcher. Faire quelque chose. Je crois que c’est le sens profond que Nicolas Hulot a donné à son coup de gueule. » Son but dans son action est aussi de « toucher un maximum de jeunes ». Aisé de les trouver. S’il fallait faire un sondage sur la part que représente chaque catégorie d’âge au sein de la foule, les 18-30 ans gagneraient haut la main. Beaucoup de mineurs accompagnent leurs parents également.

Solidarité générationnelle

« On vient de loin. De Bourges. On voulait marquer le coup, surtout après la nomination de de Rugy », raconte Nolwenn. Son fils Jérémy, pré-adolescent, l’accompagne. « Quand le petit a su que je venais, il a demandé s’il pouvait venir avec moi. Il a fait son affiche, et nous voilà. » Pour Jérémy, s’il est là, « c’est surtout pour défendre ma génération et celle d’après, parce que c’est nous qui allons le plus vivre le réchauffement climatique et la montée des eaux. Il faut faire un message d’alerte. Alerter les politiciens, pour réduire la température. »

Pour Nathalie, venue avec sa fille, ça concerne « toutes les générations ». Leurs pancartes ont été réalisées par une artiste autochtone de la réserve indienne de Standing Rock, aux États-Unis, et interpellent sur la gestion de l’eau. « Les nappes phréatiques en France sont polluées par les pesticides. Les industriels rejettent ouvertement toutes les saloperies chimiques dans les cours d’eau, petits, moyens ou grands, sans que personne ne dise jamais rien. C’est plus possible, l’eau, on l’ingère tous les jours, c’est la vie. » Malgré l’enjeu, Nathalie ne veut pas verser dans l’utopie politique : « On ne peut plus attendre des gouvernements qu’ils agissent pour nous. Aujourd’hui, chaque citoyen doit agir à son niveau pour pouvoir faire bouger les choses. »

Discrète récupération politique

C’est justement sur la question de la politique que cette Marche, sans doute, diffère de la plupart des autres grandes manifestations. Certes, des pancartes de la France insoumise circulent, le chaton du Parti animaliste est présent, et on peut croiser dans le cortège Pierre Larrouturou, du parti Nouvelle Donne, ou Yannick Jadot, en tête d’un cortège EELV. Mais la masse citoyenne présente écrase les discours et revendications politiques. Quelques heures après la fin du rassemblement, Yannick Jadot concèdera d’ailleurs au micro de France info que _« l’action politique » pour l’écologie « ne fait pas consensus » chez les citoyens.

Car les électeurs ont encore du mal à croire à l’écologie politique, craignant l’écologie d’apparence ? Mais peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas besoin des politiques pour s’unir. En témoigne l’organisation de la Marche. « Apparemment, c’est un particulier qui a lancé ça », s’enthousiasme Sylvain, venu malgré ses béquilles, au tout début de l’événement. Aidé dans l’organisation par une myriade d’associations et ONG tels que 350 France, Greenpeace ou les Amis de la Terre, Maxime Lelong, simple citoyen créateur de l’événement sur Facebook, viendra remercier la foule une fois celle-ci arrivée à République.

© Politis

« C’est à vous de lancer l’alerte »

Reprenant le discours de démission de Nicolas Hulot, il rappelle : « La protection de l’environnement doit être le prisme à travers lequel on regarde pour toutes les décisions politiques qui doivent être prises. » Mais les décisions politiques peuvent être influencées par le peuple : « Créer un événement Facebook, n’importe qui aurait pu le faire, ce qui est important et ce dont il faut prendre conscience, c’est que si jamais un jour vous êtes confrontés à un décideur qui ne prend pas en compte le climat et l’environnement, c’est à vous de lancer l’alerte. »

Selon la préfecture de police de Paris, 18.500 personnes se sont déplacées pour participer au rassemblement dans la capitale. Les organisateurs annoncent de leur côté 50.000 citoyens sur le chemin entre l’Hôtel de Ville et République, et 115.000 participants dans toute la France.

A Marseille, Jean-Luc Mélenchon a défilé au côté de 2.500 personnes, et déclaré: « Nous autres les Méditerranéens, on est au cœur d’un drame écologique qui est la plastification de la mer Méditerranée. On dit qu’au rythme où on va, en 2050 il y aura plus de plastiques que de poissons dans la mer. » Les participants étaient aussi 10.000 à Lyon et plus de 3.000 à Rennes.

Ce n’est pas la première fois qu’une Marche pour le Climat était organisée en France. Celle du 29 novembre 2015, prévue à la veille de l’ouverture de la COP 21, avait été annulée en raison des attentats. Le dimanche 21 septembre 2014 en revanche, avait vraiment eu lieu une Marche avant un sommet extraordinaire de l’ONU sur le changement climatique : entre 5.000 et 25.000 manifestants, selon les chiffres donnés respectivement par la police et les organisateurs.

Par ailleurs, d’autres marches ont eu lieu partout dans le monde, dans le cadre de l’appel baptisé « Rise for climate » (« Debout pour le climat »), notamment à Bruxelles (Belgique), San Francisco (États-Unis), Manille (Philippines), Bangkok (Thaïlande) et Sydney (Australie).

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La Chine, révélatrice des tensions à gauche sur les enjeux internationaux
Analyse 15 mai 2026 abonné·es

La Chine, révélatrice des tensions à gauche sur les enjeux internationaux

Alors que Donald Trump termine son voyage diplomatique à Pékin, en France, les formations de gauche ne cachent pas leurs divergences sur la position à tenir vis-à-vis de Xi Jinping. Même si les positions, en réalité, ne sont pas si éloignées.
Par William Jean et Martin Eteve
À gauche, le casse-tête de la candidature
Gauche 13 mai 2026

À gauche, le casse-tête de la candidature

À gauche, la désignation présidentielle est devenue un piège autant qu’une nécessité. Derrière les appels à l’union persistent des fractures stratégiques et idéologiques. Tour d’horizon des options.
Par Pierre Jacquemain
Gauche : le piège du RN
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

Gauche : le piège du RN

La possibilité d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne relève plus de la fiction politique. Face à une société fracturée, la gauche peine à retrouver un récit commun et une stratégie de conquête capables d’incarner une alternative majoritaire.
Par Pierre Jacquemain
2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé

Fragmentée par ses contradictions sur l’immigration, les questions identitaires, l’écologie et l’international, la gauche française apparaît prisonnière d’un désordre qui dépasse largement ses querelles d’appareil. Elle peine à reconstruire un récit commun capable de répondre à la peur du déclassement comme aux défis démocratiques et climatiques.
Par Denis Sieffert