Corbyn contre la fuite en avant néolibérale

Alors que le Brexit s’enlise, Thierry Labica analyse la stratégie du dirigeant du Labour pour en finir avec l’ère Blair.

Olivier Doubre  • 29 janvier 2019 abonné·es
Corbyn contre la fuite en avant néolibérale
© photo : La position de Corbyn au sein du Parti travailliste s’est considérablement renforcée depuis son arrivée en 2015. crédit : BEN STANSALL/afp

Membre du comité de rédaction de la revue Contretemps, fondée autour de Daniel Bensaïd, Thierry Labica est un spécialiste de la gauche britannique. Il a notamment codirigé l’ouvrage de référence Ici notre défaite a commencé. La grève des mineurs britanniques (1984-1985), paru chez Syllepse en 2016. Il détaille ici les enjeux du Brexit dans le jeu politique outre-Manche et, en particulier, ceux qui impliquent la gauche travailliste et son leader, Jeremy Corbyn.

La Première ministre Theresa May devra-t-elle composer avec les travaillistes afin qu’ils votent au Parlement pour l’accord qu’elle a conclu avec l’Union européenne, refusé par une importante minorité des conservateurs ?

Thierry Labica : Sa seule tactique semble être de jouer la montre afin de contraindre le Parlement à voter l’accord avec l’UE avant le 29 mars (date fixée du Brexit), en affirmant qu’il n’y en a pas d’autre possible. La perspective d’un Brexit dur, sans aucun accord (« no deal »), met une pression sur sa majorité et son opposition, massivement opposées au « no deal », mais aussi sur les négociateurs européens. C’est une sorte de bluff, comme au poker – ou, pour le dire autrement, de chantage politique.

Pourquoi le Labour craint-il tant un « no deal » ?

Ce que redoutent la direction travailliste et les syndicats, c’est qu’un Brexit sans accord avec l’UE permette une fuite en avant déréglementaire encore pire que ce qui existe. Ils craignent

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Monde
Temps de lecture : 8 minutes