Les livreurs à vélo relèvent la tête
En France et ailleurs, les ubérisés commencent à s’organiser pour contrer les mauvaises conditions de travail imposées par les plateformes. Pour entrer dans la lutte sociale, ils partent de zéro.
dans l’hebdo N° 1570 Acheter ce numéro

Le rendez-vous est donné à Saint-Ouen, à proximité d’un entrepôt Deliveroo où une action de protestation doit avoir lieu. Jean-Daniel Zamor, 24 ans, se définit comme un vétéran de la livraison à vélo. Cela fait deux ans et demi qu’il travaille pour les applications Uber Eats et Stuart, quand la plupart des livreurs ne tiennent pas plus de six mois. D’une voix calme et assurée, il explique les raisons de sa longévité. « D’abord, ça n’a jamais été mon job principal, toujours un complément de revenu. Au début, je faisais ça quatre soirs par semaine, soit quinze à vingt heures de travail. J’ai diminué mais je suis resté pour défendre les autres livreurs. »
À quoi ressemblent ces soirées de livraison ? « Je me connecte à l’appli, j’attends ensuite de longues minutes que l’algorithme me propose enfin une course, explique le jeune homme. Je n’ai que 15-20 secondes pour accepter ou non la livraison. Je me rends au restaurant indiqué, sans toujours savoir ce que cela va me rapporter. Je ne découvre l’adresse du client qu’une fois sur place. Pour être bien noté, il faut aller toujours plus vite. Alors que c’est interdit, certains prennent des scooters pour enchaîner plus rapidement les courses. »
Présentée au départ comme un moyen d’arrondir les fins de mois, la livraison à vélo est devenue l’activité principale de nombre de jeunes confrontés au chômage et à la précarité. Certains se mettent parfois en danger pour enquiller le plus de livraisons possible. Certains en ont même perdu la vie, tel Franck Page, livreur d’Uber Eats, mort écrasé par un camion à Bordeaux.
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