De Nairobi à Brest, un ostréiculteur hors norme

Dans le Finistère, Walid Chelongat, ostréiculteur kényan de 28 ans, travaille chaque jour dans les parcs à huîtres. Passionné par son métier, il est désormais un ouvrier essentiel dans l’un des viviers les plus prestigieux de France : à Prat-Ar-Coum, la Romanée-Conti des huîtres.

Paul Boyer  • 23 janvier 2026 abonné·es
De Nairobi à Brest, un ostréiculteur hors norme
© Paul Boyer

Sur les rives de l’Aber Benoît, dans le Finistère, en région Bretagne, le froid hivernal de ce début d’année 2026 transperce jusqu’aux os, surtout ceux des ouvriers qui opèrent en extérieur alors que le thermomètre affiche – 1° C. Sur l’exploitation ostréicole de Prat-Ar-Coum, dans la commune de Lannilis située à trente kilomètres de Brest, le jour n’est pas encore levé qu’une vingtaine de salariés s’activent à trier des huîtres plates et creuses n°3. 

Parmi ces éleveurs d’huîtres, une silhouette d’1 mètre 85 est à la manœuvre. D’une voix douce et posée, Walid Chelongat guide deux jeunes femmes intérimaires. « Je vais activer la machine, mettez vos casques antibruit et vos gants, on va démarrer », prévient-il tranquillement. Salopette ciré jaune et polaire noire sur le dos, il enfile deux paires de gants rembourrés. Lorsque la machine démarre, un brouhaha fend le silence matinal. Dans l’usine, chaque salarié s’exécute et trie les huîtres, qui viennent tout juste d’être extraites de leurs parcs.

Des milliers d’huîtres fermées sont passées au crible sur deux tapis roulants, afin de séparer les plates – traditionnelles et rares – des creuses – les plus répandues en Bretagne. Les huîtres dites « mortes » sont éliminées directement. Pédagogue, Walid explique avec précision : chaque huître non fermée est malheureusement à jeter, car déjà morte, de même pour les huitres qui sont complètement collées, dont les coquilles sont impossibles à ouvrir. « Ce sont des conseils de pro : pour les particuliers, à la maison, mieux vaut piquer avec la fourchette le bord de l’huître. Si elle bouge un peu, cela signifie qu’elle est vivante. »

Si Walid maîtrise aujourd’hui à la perfection les tâches qu’il effectue, rien ne prédestinait le jeune homme à devenir ostréiculteur. Né en 1998 dans le quartier de Kibera, à Nairobi, capitale du Kenya, il grandit dans l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique de l’Est. Puis il se consacre corps et âme à ses études. Au

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