Grève : À Marseille, demain c’est loin

Premiers touchés par les réformes libérales, les plus précaires ne sont pas pour autant en tête des manifestations. Dans les quartiers populaires de la cité phocéenne, avant de penser à la retraite, il faut d’abord penser à demain.

Victor Le Boisselier  • 18 décembre 2019 abonné·es
Grève : À Marseille, demain c’est loin
© Manifestation des gilets jaunes sur le Vieux Port de Marseille, le 5 décembre. CLEMENT MAHOUDEAU/AFP

La nuit est tombée sur le port de Marseille. Devant l’une des portes menant aux quais, un piquet de grève s’est formé contre la réforme des retraites. À la lueur du feu, un des agents refait le monde, la casse du système social, la corruption des élus, le délitement de sa ville. Il pointe du doigt des barres d’immeubles en contre-haut, d’où quelques lumières s’échappent des fenêtres : « Ce que j’aimerais, c’est que les jeunes qui tiennent les murs là-bas, ils viennent nous rejoindre, qu’ils comprennent qu’eux aussi ils sont concernés. »

Dans les quartiers populaires de Marseille, les habitants ont l’habitude d’être pointés du doigt. Pour les règlements de comptes et le trafic qui gangrènent certaines cités, pour le chômage, la pauvreté, le manque d’implication politique. « Stigmatisation », hurlent certains, « triste réalité », répondent d’autres. Mohamed Bensaada est un membre actif du Syndicat des quartiers populaires de Marseille (SPQM). S’il a été désigné chef de file de La France insoumise (LFI) pour les prochaines municipales, il préfère se définir comme « militant des quartiers populaires ». « Pendant les échéances électorales ou les mouvements sociaux d’ampleur, les organisations aussi bien politiques que syndicales se posent la question de la mobilisation dans les quartiers populaires à l’instant t, analyse-t-il_. Mais, au préalable, elles ne font pas le travail de sensibilisation et d’intégration des populations qu’elles visent et qu’elles pensent

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