Frédérique Rolet : « Il nous faut réfléchir de manière urgente à la rentrée de septembre »

Récit d’une rentrée pas comme les autres, racontée par celles et ceux qui en ont la charge. Frédérique Rolet, secrétaire générale du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU) et professeure de lettres, nous raconte le déroulement de cette semaine particulière. Témoignage (5/6)

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Frédérique Rolet : « Il nous faut réfléchir de manière urgente à la rentrée de septembre »
© Photo : Damien MEYER / AFP

Après le premier degré, c’est au tour d’une partie des collégien·nes de faire leur retour sur les bancs de l’école. Mais comme cela semblait se présager, tout ne s’est pas passé sans quelques troubles. La semaine précédant le retour des élèves, les établissements ont enchaîné les réunions pour tenter de s’organiser. Si les situations locales apparaissent très disparates, « des problèmes de matériels de protection sanitaire remontent déjà et on aurait même demandé à des enseignant·es de venir avec leurs propres masques, regrette Frédérique Rolet. Nous sommes favorables à un retour en classe avant l’été, mais les conditions sanitaires doivent être garanties. Par ailleurs, les objectifs pédagogiques ne sont pas clairs, et on voit apparaître, avec la publication des fiches Dgesco (1), la volonté de combler ce qui n’a pas pu être fait durant le confinement. »

« Les objectifs fixés » sont-ils vraiment « remplis » comme l’affirme Jean-Michel Blanquer ? Selon lui, 1,4 million de jeunes élèves sont retournés à l'école et près de 4 000 collèges, en « zone verte », ont rouverts leurs portes (2). Des chiffres contrastés par la fermeture de plusieurs dizaines d'établissements suite à la découverte de cas porteurs du virus, et l'amer constat des personnels pédagogique : ce ne sont pas les élèves les plus en difficulté sociale et scolaire qui reviennent.

Mais pour la représentante du Snes, le véritable problème reste le manque de concertation : « Nous avons très peu d’échanges avec le cabinet ministériel pour discuter de toutes les problématiques qui se présentent. Nous aimerions, par exemple, commencer à préparer la rentrée de septembre. Le virus sera encore là, mais il va falloir récupérer des élèves dans un état psychologique et scolaire parfois très compliqué. Il nous faut réfléchir de manière urgente à tout un tas de choses : peut-être allons-nous devoir repenser les programmes et les moyens mis à notre disposition. Et quel sera le rôle de l’enseignement à distance ? Avec quels personnels ? M. Blanquer a laissé entendre que les groupes d’élèves pourraient continuer en septembre et que les heures d’enseignement pourraient être diminuées. Mais pour organiser tout ça, nous n’avons pas de véritables interlocuteurs. C’est très inquiétant. Nous sommes dans l’impréparation sur beaucoup de choses… »


(1) Direction générale de l’Enseignement scolaire

(2) Si Blanquer assure que 90% des établissements du premier degré ont rouvert, une enquête du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, évoque une réouverture de 70% d’entre eux.

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