Dossier : Trafic aérien : il est temps d’atterrir !

« Il faut moins d’avions, revenir à une aviation plus lente, miser sur les alternatives de transport »

Pour Charles Adrien Louis, ingénieur et consultant en développement durable, miser sur la sobriété est plus pragmatique que croire en l’aviation « propre ».

Comment s’aligner avec l’accord de Paris sur le climat, donc ne pas dépasser 2 °C de réchauffement, et sauvegarder l’aviation civile ? Dans leur étude « Climat : pouvons-nous (encore) prendre l’avion ? », les ingénieurs du cabinet B&L Évolution concluent que les bonnes idées existent mais qu’aucune ne permet de transformer l’entièreté du secteur aérien dans un proche avenir. La réduction drastique du trafic s’impose donc. L’analyse de Charles Adrien Louis, l’un des membres de ce cabinet.

Le secteur aérien répète que ses émissions tournent autour de 1,4 % des émissions de CO2 de la France, quand votre étude affirme qu’elles représentent 7,3 % de notre empreinte carbone. Cette bataille des chiffres ne biaise-t-elle pas la stratégie pour diminuer l’impact climatique du secteur ?

Charles Adrien Louis : Nous considérons les trajets en avion comme un acte de consommation des individus, donc nous suivons la logique d’empreinte carbone et non pas d’émissions de gaz à effet de serre (GES) internes à la France, tandis que le secteur aérien met surtout en avant le CO2 des vols internes. Son discours actuel tend à détourner l’attention sur les secteurs plus polluants (l’automobile, l’agriculture) ou à affirmer que ses efforts sont suffisants. En effet, le secteur travaille depuis des décennies à améliorer l’efficacité des moteurs et de l’aérodynamisme, afin de réduire les coûts de carburant. Même si le levier est d’abord économique, l’impact écologique est intéressant. Mais, aujourd’hui, on atteint une sorte d’asymptote : il devient difficile de faire mieux sans changer fondamentalement les choses.

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