L’énigmatique monsieur Struillou
La démission fracassante du directeur général du travail, Yves Struillou, met en lumière une fonction-clé, traversée d’ambivalences et secouée par une crise sans précédent.
dans l’hebdo N° 1619 Acheter ce numéro

© Julien Mattia / NurPhoto / NurPhoto via AFP
C’est un drôle d’équilibriste qui vient de choir. Personnage discret, comme l’impose sa fonction de directeur général du travail, qui chapeaute notamment l’inspection du travail, Yves Struillou a démissionné le 11 septembre après avoir été brutalement désavoué par la nouvelle ministre du Travail, Élisabeth Borne. Cet ancien inspecteur du travail trébuche sur l’une des pires crises agitant l’inspection. Percer le mystère de ce conseiller d’État de 60 ans, à la tête d’une petite administration secouée par les grands travaux du code du travail, n’est pas aisé. « L’homme s’efface derrière la fonction », élude l’intéressé dans sa réponse, polie, à nos interrogations. Pourtant, l’énigme chatouille nombre d’inspecteurs. D’anciens amis, aussi, ne peuvent cacher leur fascination pour la trajectoire ascendante d’un « type extra » qui commence dans les rangs de la Ligue communiste révolutionnaire à la fin des années 1970.
Gérard Filoche, ancien inspecteur et militant politique, y était. Il se souvient même d’un congrès où fut décidé l’envoi d’un groupe discret de militants faire de « l’entrisme » au Parti socialiste. Yves Struillou y figurait, assure le vieux routier de la gauche, qui suivit le mouvement tout en refusant de se cacher.
Yves Struillou débute comme inspecteur du travail en 1984 et passe l’ENA sur le tard, en 1994.