Terrorisme : le danger d’une guerre « de civilisation »
Après les attentats de 2015, à Nice, le 14 juillet 2016, et contre Samuel Paty, le 16 octobre 2020, l’emballement médiatique et politique menace les libertés et la possibilité même d’un débat démocratique sur les causes du terrorisme jihadiste.
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© ERIC GAILLARD / POOL / AFP
Face à « la guerre », les mesures engagées pour défendre le pays après les attentats de 2015, à Nice, le 14 juillet 2016, et contre Samuel Paty, le 16 octobre 2020, piochent dans l'arbitraire et l'exception. Problème : ces idées tendent à s'inscrire dans le droit commun. Et dans ce contexte, les délires islamophobes vont bon train parmi la classe politique.
Est-il encore permis dans notre pays d’expliquer, d’analyser, de décrypter ? Peut-on encore raison garder quand la légitime émotion suscitée par l’effroyable décapitation de Samuel Paty et l’ignoble crime de Nice est exploitée ad nauseam ?
Depuis près de trois semaines, avec la multiplication des anathèmes contre de supposés « islamo-gauchistes » et la prolifération des accusations délirantes de « complicité intellectuelle », toutes les digues qui préservent la possibilité d’un débat démocratique sur les causes du terrorisme jihadiste, les ressorts de l’idéologie totalitaire qui le porte et les moyens de le combattre, ont cédé. Submergées par un emballement médiatique et politique qui prétend interdire toute réflexion au nom de la défense – ce n’est le moindre des paradoxes – de la liberté d’expression.
« En guerre »Pour certains, tous les moyens sont bons pour exagérer un péril, pourtant admis de tous, étendre la liste des suspects à traquer et créer un climat propice à l’acceptation de législations sécuritaires d’exception. Le 30 octobre, Louis de Raguenel, nouveau chef-adjoint du service politique d’Europe 1, fraîchement venu de Valeurs actuelles, assure sur le site de cette radio, citant une source haut placée (mais anonyme) des services de renseignement, que « de nombreux musulmans modérés ont glissé chez les fondamentalistes. Et un nombre important de fondamentalistes, qui n’étaient pas prêts à passer à l’action terroriste il y a encore quelques semaines, ont basculé chez les islamistes ». « Désormais, on affronte des masses qui veulent nous détruire », lui aurait dit un autre spécialiste.
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