Une autre gestion de la Covid-19 est possible !

Une politique sanitaire de gauche ne peut s’en tenir à la défense de l’hôpital public et à la gratuité des masques, estime Paul Ariès, qui plaide pour un vrai dépistage collectif.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Jean Castex demande des efforts supplémentaires aux Français·es et s’entête dans une stratégie impossible, preuve s’il en est qu’il n’a pas compris le moment historique ouvert par cette épidémie. « Sauver Noël » n’est pas d’abord un enjeu économique mais politique puisqu’il s’agit pour un régime déjà aux abois de ne pas mécontenter la population à un peu plus d’un an de la présidentielle. Le gouvernement persiste dans sa stratégie de stop and go, c’est-à-dire d’une succession de phases de confinement et de déconfinement dans l’attente de vaccins miraculeux. Nous avions pourtant été nombreux à prédire la multiplication de telles crises sanitaires, même si nous pensions davantage aux conséquences déjà programmées de la fonte du permafrost libérant des milliers de virus.

Lire > La fonte du permafrost, une menace toxique et infectieuse

La stratégie de stop and go est contre-productive tant sur le plan économique, social, que psychique et politique, c’est pourquoi le « monde d’après » risque fort de ressembler à une exacerbation du monde d’avant.

Sur le plan économique, les principales victimes sont les PME alors que les grands groupes et notamment les GAFAM prospèrent.

Sur le plan social, les milieux populaires premières victimes de la propagation du virus sont aussi celles de la stratégie actuelle de gestion de la crise sanitaire.

Sur le plan politique, les gauches partisanes, syndicales et mouvementistes sont les victimes désignées d’une atomisation de la société, car faire de la politique du point de vue de l’émancipation suppose un corps-à-corps. Que serait un monde du travail sans possibilités pour les syndicats d’agir ? Que serait un monde sans associations agrégeant la population au sein de multiples collectifs ?

Les gauches semblent pourtant bien timorées sinon silencieuses dans leur mise en cause de la stratégie gouvernementale, comme s’il n’existait pas des gestions de droite et de gauche de la crise. La défense de l’hôpital public – qui passe aussi par la revalorisation de ses agents –, pour aussi vitale qu’elle soit ne peut tenir lieu de réponse unique. Pas plus que la surenchère en matière d’obligation vaccinale ne devrait servir à donner une image de sérieux à une écologie en manque d’électeurs, même si nous devons défendre le principe de la vaccination en matière de santé publique, mis à mal pas seulement par des minorités idéologiques mais par les stratégies marketing des laboratoires. Ce n’est pas parce qu’elle intervient dans le secteur de la santé et parce que nous sommes en situation de pandémie que l’industrie pharmaceutique deviendrait soudainement moins capitaliste !

La résilience est du côté de la prévention

Cette surdité du pouvoir comme celle des gauches est d’autant plus préoccupante que nous savons que cette crise sanitaire n’est que la première d’une longue série à venir en raison de la destruction programmée des écosystèmes et de la chute mondiale de la biodiversité notamment animale.

Lire > La destruction de la nature prépare les pandémies futures

Personne n’a de solution miracle à proposer, mais nous devons inventer ensemble des réponses à ces crises qui n’opposent pas les différentes dimensions de la société et de la personne humaine. Qui ne favorisent pas ce que nous prétendons combattre, comme l’atomisation de la société, l’artificialisation du monde, via notamment la numérisation de nos activités (télétravail et e-learning). Le pire serait de nous acclimater, sous couvert d’un « principe de responsabilité », à une vie réduite à la sphère économique (travail et consommation), mais sans les plaisirs des loisirs et des rencontres. Nous ne pouvons pas seulement revendiquer la gratuité des masques (comme je le propose avec l’OIG depuis mars et comme le proclament aujourd’hui toutes les familles des gauches et de l’écologie).

Nous devons définir une autre stratégie qui ne repose pas sur l’attente d’une avalanche de vaccins rendus obligatoires par une explosion des zoonoses (passage des virus d’animaux aux humains). Nous devons pour cela partir de ce qui constitue la force même de la société, l’existence de collectifs. C’est pourquoi la résilience est du côté de la prévention et donc de véritables dépistages de masse. Ces dépistages de masse ne consistent pas à multiplier les dépistages individuels comme on le fait actuellement, ce qui conduit à dépister trop tard, donc de façon totalement inefficace, puisque les personnes n’ont connaissance de leur maladie qu’une fois qu’elles ne sont plus contagieuses.

Le « poolage », alternative au confinement aveugle

L’alternative existe mais elle est refusée par le gouvernement qui se fonde pour cela sur l’avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) émis le 10 mai 2020, donc en pleine période de recul de la Covid. Cette technique du pooling (ou poolage) est la solution alternative au confinement systématique donc aveugle, puisqu’elle repose sur une analyse d’échantillons mélangés issus d’individus différents, ce qui permet d’accélérer le dépistage de masse et de le faire au moindre coût financier et humain.

Cette technique, inventée, dès 1943, par un statisticien nord-américain, Robert Dorfman, consiste à mélanger les échantillons de plusieurs personnes pour réduire les tests, soit en revenant à un test individuel en cas de résultat positif, soit en combinant de façon savante les échantillons afin d’obtenir directement le diagnostic individuel sans avoir besoin de retester les individus. Il serait ainsi possible de tester régulièrement (au moins une fois par semaine) l’essentiel de la population par groupe de 30 personnes en prenant appui sur les collectifs existants (Ehpad, écoles, entreprises, associations, etc.). La régularité des tests ferait tomber le risque de « faux négatifs » qui existent en raison de la perte de sensibilité du fait de la dilution de la concentration virale dans l’échantillon. L’argument de "faux positifs" avancé par le HCSP en raison des risques de contamination entre échantillons du fait de leur trop grand nombre pourrait aisément être contourné en choisissant de miser sur des mini-laboratoires mobiles et des équipes spécialisées dans ce domaine et notamment dans la technologie micro-fluidique parfaitement maîtrisée par des firmes et des chercheurs.

La seule raison qui explique finalement le refus de recourir au dépistage de masse par tests groupés, c’est que le gouvernement n’a prévu dans son texte du 7 mars 2020 que le remboursement par patient et non par groupage d’échantillons, davantage pour des raisons idéologiques que pragmatiques… L’urgence est donc à modifier la réglementation afin de changer de stratégie globale de lutte contre les pandémies, celle-ci et celles à venir, afin de ne plus opposer le temps court et le temps long. Nous pourrons alors utiliser aussi d’autres techniques comme celle du dépistage de la Covid-19 dans les eaux usées afin d’anticiper les prochaines vagues, sans tout attendre d’hypothétiques vaccins.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.