Dossier : Gouverner sans chef, c'est possible

Gloires et déboires du « citoyennisme »

Bon an mal an, les instituions tentent de répondre à une aspiration politique de plus en plus prégnante.

Civic tech : Avec les technologies « civiques », la démocratie directe sans risque

Nouvel eldorado de la démocratie locale pour certaines villes, Internet devient un terrain prisé pour toutes les expérimentations en la matière. CitizenLab, -ConsultVox ou encore Fluicity : chaque mairie peut trouver en deux clics une solution numérique pour créer son site de participation en ligne. Même l’État s’est doté depuis novembre 2019 d’un « centre de conseil et d’expertise dédié à la participation citoyenne ». Dans cette forêt d’applications, la plus connue est sûrement le logiciel libre Decidim, financé et utilisé par la mairie de Barcelone, qui a été depuis adopté dans plus de 120 villes à travers le monde. « Ce sont des outils qui n’apportent qu’un pan de la réponse à l’envie de démocratie, ça reste secondaire », estime Élisabeth Dau, cofondatrice de la coopérative municipaliste Fréquence Commune. « Pour que ces outils soient vraiment démocratiques, cela nécessiterait que tous les citoyens aient un accès à Internet et qu’ils aient une aisance suffisante pour s’en servir. »

Pourtant, les « civic-tech » continuent de fleurir et semblent faire consensus au-delà des clivages politiques. Ainsi, à Orléans, fief du parti Les Républicains, il a été possible pour les habitant·es de soutenir, via la plateforme « Participons ! Orléans », l’installation de quelques bancs près de la place de l’Europe. Impossible en revanche pour les citoyens et les citoyennes de s’exprimer lorsque l’ancien maire Olivier Carré fait voter par le conseil municipal une augmentation de 300 % du montant de son indemnité d’élu…

Finances communes : Les budgets participatifs, l’horizontalité à peu de frais

Autrefois, le budget participatif pouvait être perçu comme une audace. Celle d’une poignée de municipalités innovantes s’inspirant d’une expérimentation menée à Porto Alegre en 1989. Depuis, l’initiative s’est exportée bien au-delà des côtes brésiliennes, notamment depuis que la Mairie de Paris a instauré un budget similaire en 2014. L’exemple parisien provoque alors un déclic : entre 2014 et 2020, le nombre de budgets participatifs passe de 7 à plus de 170 en France. Bien souvent, les sommes engagées restent cependant minimes, comme au Mans, où le budget participatif représentait 840 000 euros en 2019, pour un budget primaire la même année s’élevant à 230 millions.

Pour la politiste Jessica Sainty, de l’université d’Avignon, il s’agirait moins d’une question de montant que de procédure : « La concertation peut être basique : voter et proposer. Ce qui est plus rare, ce sont les projets où la municipalité associe les habitants à leur mise en place, y compris sur les aspects techniques. Pour certaines villes, c’est ainsi l’occasion de mêler l’expertise technique de leurs services à l’expérience des usagers. Pour d’autres, on a le sentiment que ce n’est qu’une manière de faire du citizen-washing_. »_

La Convention citoyenne pour le climat : Un « objet institutionnel non identifié »

La Convention citoyenne pour le climat (CCC) a déchaîné les passions politiques et médiatiques. Mais ce processus n’est pas une innovation macroniste. En Irlande, les délibérations d’assemblée citoyenne ont engendré des référendums et la légalisation de l’avortement ou du mariage pour tous. Sans oublier le G1000 belge en 2011 pour tenter de sortir le pays de l’impasse institutionnelle, ou encore l’Islande, qui a confié à une assemblée citoyenne le soin de penser une nouvelle constitution après la crise financière et politique de 2008. Deux échecs, notamment en Islande, car la droite revenue au pouvoir a tout balayé d’un revers de main.

Si cet « objet institutionnel non identifié » (1) était sûrement perçu comme un outil de communication par Emmanuel Macron, en quête de crédibilité sur le citoyennisme et l’écologie, il a permis de populariser cette démarche auprès du grand public. Dans une note récente (2), Thierry Pech et Clara Pisani-Ferry – qui ont vécu la CCC de l’intérieur – estiment que les conventions citoyennes sont « complémentaires du système électoral--représentatif » et devraient être dotées « d’une gouvernance propre, structurée, plurielle dans sa composition et autonome dans ses décisions vis-à-vis du commanditaire politique ». En France, des présidents de région et des maires en ont déjà lancé, comme en Occitanie, pour coconstruire un « Green New Deal » régional. À l’échelle nationale, une trentaine de citoyen·nes tiré·es au sort plancheront dès janvier 2021 sur la délicate question des vaccins.

(1) Selon l’analyse de Sébastien Treyer, directeur général de l’Iddri : billet de blog sur www.iddri.org.

(2) Convention Citoyenne pour le Climat : quelques enseignements pour l’avenir, pour le think tank Terra Nova.

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