L’Église en proie au mâle

Au lendemain des révélations du rapport Sauvé, le président de la Conférence des évêques de France a cru bon de balayer l’obligation pour les confesseurs de signaler les cas de violences sexuelles.

Patrick Piro  • 13 octobre 2021
Partager :
L’Église en proie au mâle
© GEORGES GOBET / AFP

La dignité imposait, a minima, que le président de la Conférence des évêques de France s’en tienne à confesser sa honte absolue, le 6 octobre, au lendemain des abasourdissantes révélations du rapport que la commission Sauvé : de 1950 à aujourd’hui, 216 000 personnes mineures ont été victimes d’agressions sexuelles de la part d’un prêtre ou d’un religieux, et jusqu’à 330 000 en incluant les actes commis par des laïcs dans l’orbe de l’Église catholique (catéchistes, accompagnateurs de jeunes…).

Au lieu de cela, Éric de Moulins-Beaufort (photo) a cru devoir balayer une des préconisations du rapport invitant l’Église à clarifier auprès des confesseurs l’obligation de signaler aux autorités compétentes les cas de violences sexuelles sur mineur·e ou sur une personne vulnérable : « Le secret de la confession s’impose à nous […]_, il est plus fort que les lois de la République. »_ Tollé politique pour un quasi lapsus terrible : le prélat semble justifier, en filigrane, une tradition d’omerta qui a favorisé (pour ce qu’on a pu en mesurer) des décennies de crimes de pédophilie au sein d’une institution catholique qui savait, pour au moins 1 800 des déviants.

Car il convient de s’en tenir au masculin dans cette cohorte écœurante où n’apparaissent qu’une dizaine de femmes, et qui place l’Église au deuxième rang des institutions où la pédocriminalité sévit le plus, après la famille. Alors que les fidèles s’épanchent sur les réseaux sociaux autour du hashtag #AussiMonEglise, sur le modèle #MeToo, la sociologue Nathalie Bajos leur donne raison en identifiant les révélations du rapport comme la manifestation extrême d’une domination masculine. L’institution catholique a confié à des hommes, qui plus est commis à l’exigence du célibat, l’exclusivité du magistère qu’elle prétend détenir d’essence divine, et qui donne une emprise morale à ses prélats sur leurs ouailles. Le rapport Sauvé, par l’impact qu’il pourrait avoir à terme sur les fidèles, mais aussi sur l’immense majorité des prêtres et des religieux a priori non impliqués, porte à un point critique le problème qu’entretient la maison Église avec la masculinité et la sexualité.

Dès lors, convient-il de qualifier simplement « d’irresponsable », comme le font certains en interne, une gestion du personnel qui a souvent consisté à déplacer des prêtres pédophiles d’un diocèse à l’autre, afin de faire localement cesser les troubles pour mieux les favoriser ailleurs ? Au-delà de la déplorable banalité de pratiques managériales consistant à glisser la poussière sous le tapis, ne s’agit-il pas aussi, dans la piètre réplique d’un Moulins-Beaufort, de protéger les prérogatives de la plus vaste multinationale de mecs de la planète ?

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Municipales : la démocratie en apnée, la droite radicalisée, la gauche à l’épreuve de ses divisions
Parti pris 15 mars 2026

Municipales : la démocratie en apnée, la droite radicalisée, la gauche à l’épreuve de ses divisions

Les municipales confirment un double mouvement qui travaille en profondeur la vie politique française : une abstention record qui fragilise la démocratie. Alors que l’extrême droite consolide ses positions et que la droite classique s’en rapproche, la gauche apparait divisée mais loin d’être marginalisée.
Par Pierre Jacquemain
À gauche, le goût perdu de la victoire
Parti pris 10 mars 2026

À gauche, le goût perdu de la victoire

À quelques jours des municipales, la division à gauche semble devenue une stratégie en soi. Les stratégies d’hégémonie des uns nourrissent les réflexes d’exclusion des autres. Dans un contexte où l’extrême droite progresse, régler ses comptes relève d’un étrange sens des priorités.
Par Pierre Jacquemain
Mélenchon ou la stratégie du pire 
Parti pris 2 mars 2026

Mélenchon ou la stratégie du pire 

Après des jeux de prononciation visant Jeffrey Epstein puis Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon se retrouve au cœur d’un malaise grandissant. Sans être explicitement antisémites, ces séquences interrogent : à force de flirter avec des codes ambigus, que reste-t-il de l’exigence morale que la gauche revendique. Et à quel prix politique ?
Par Pierre Jacquemain
Rupture conventionnelle : patronat et CFDT main dans la main pour réduire les droits des chômeurs
Syndicats 26 février 2026

Rupture conventionnelle : patronat et CFDT main dans la main pour réduire les droits des chômeurs

Ce 25 février, les partenaires sociaux ont trouvé un accord visant à réduire la durée d’indemnisation des chômeurs disposant d’une rupture conventionnelle. Une nouvelle réduction des droits sociaux, la sixième depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, validée par certains syndicats réformistes.
Par Pierre Jequier-Zalc