Lutte contre l’extrême droite : ce qui tient encore

Les mois qui viennent de s’écouler ont souvent laissé place à l’abattement dans les rangs de la gauche. À la rentrée, il faudra retisser du commun pour lutter contre l’extrême droite.

Pierre Jacquemain  • 22 juillet 2026
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Lutte contre l’extrême droite : ce qui tient encore
Rassemblement de la gauche contre l'extrême droite, place de la République, le 30 juin 2024, au soir du premier tour des législatives anticipées.
© Maxime Sirvins

L’été est souvent le temps des parenthèses. Le Parlement ralentit, les polémiques s’éloignent, les écrans perdent un peu de leur emprise. Mais, cette année, difficile de refermer ce numéro avec légèreté. Au loin, déjà, se dessine une échéance qui obsède le débat public : l’élection présidentielle. Et avec elle, cette petite musique qui voudrait nous convaincre que tout serait déjà joué.

Pourtant, quelque chose tient encore. Il tient dans ces femmes et ces hommes qui refusent de céder à l’air du temps. Dans les syndicalistes qui continuent de défendre le travail quand tout pousse à l’individualisme. Dans les enseignants qui persistent à croire que l’école doit émanciper plutôt que trier. Dans les soignants qui maintiennent debout un hôpital que tant de réformes ont voulu mettre à genoux. Dans les magistrats qui rendent la justice malgré les pressions. Dans les journalistes qui enquêtent malgré les procès en illégitimité. Dans les chercheurs qui opposent les faits aux fantasmes.

Une France qui ne fait pas toujours la une, mais qui continue de faire tenir le pays.

Il tient aussi dans cette France discrète que les caméras montrent si peu : les bénévoles qui distribuent des repas, les citoyens qui accueillent des exilés, les élus locaux qui refusent l’abandon des services publics, les libraires, les coopératives, les associations, tous ceux qui, chaque jour, retissent les liens qu’un discours de haine s’emploie à défaire. On dit souvent que le collectif serait mort. C’est faux. Les mobilisations contre la réforme des retraites, les combats pour le climat, les élans de solidarité face aux guerres, les résistances quotidiennes à la précarité racontent une autre histoire.

Une France qui ne fait pas toujours la une, mais qui continue de faire tenir le pays. C’est précisément ce qui dérange les entrepreneurs de haine. Car leur projet ne consiste pas seulement à conquérir le pouvoir. Il consiste à convaincre qu’il n’existe plus de bien commun, plus de destin partagé, plus de confiance possible. Que chacun devrait vivre derrière ses peurs.

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À la rentrée, les sondages reprendront leur ballet. Les commentaires aussi. Ils nous expliqueront ce qui serait inévitable. Comme si l’histoire avait cessé d’être écrite par les peuples pour devenir la propriété des instituts d’opinion. Pourtant, rien n’est jamais inéluctable. L’histoire est faite de bifurcations, de sursauts, d’engagements qui déjouent les pronostics.

Faire force commune

Mais rien n’est jamais acquis non plus. Si demain l’extrême droite arrivait au pouvoir, tout ce qui tient encore serait mis à l’épreuve. Les contre-pouvoirs seraient contestés. Les associations fragilisées. Les médias indépendants désignés comme des ennemis. Les libertés publiques rétrécies au nom de l’ordre, de l’identité et de la préférence nationale.

L’histoire n’a jamais été écrite par les résignés.

Rien ne dit que ce qui nous permet encore de faire société en sortirait indemne. Alors, avant que ne s’ouvre cette bataille décisive, une évidence s’impose : les résistances existent déjà. Elles sont syndicales, associatives, écologistes, féministes, antiracistes, intellectuelles, culturelles, citoyennes. Elles vivent trop souvent côte à côte. Demain, elles devront apprendre à marcher ensemble.

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Car il ne suffira pas d’avoir raison chacun dans son combat. Il faudra faire force commune, retisser ce que tant de stratégies de division ont défait. L’histoire n’a jamais été écrite par les résignés. Elle l’a toujours été par celles et ceux qui ont décidé que, face au mur qui venait, il était encore temps de construire un front. Nous vous retrouvons dans quatre semaines (1). Avec une conviction, plus forte encore après cet été : ce qui tient encore n’est pas un héritage. C’est une responsabilité. Et c’est précisément parce que rien ne nous assure qu’il tiendra demain qu’il nous appartient, dès aujourd’hui, de le tenir ensemble.

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