Romain Pugin, commandant des actions discrètes

Numéro 3 de l’OAS, d’humeur instable, psychologiquement fragile, pétri de colère et profondément raciste, il est condamné à cinq ans de prison ferme.

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De dix ans l’aîné du groupe, Romain Pugin, 33 ans aujourd’hui, occupe la troisième place de la hiérarchie du groupuscule OAS, avant d’être évincé progressivement par Logan Nisin, qui le trouve émotionnellement instable. Grand gaillard filiforme, effacé presqu’invisible, Romain Pugin a du mal à décrocher le regard de ses baskets. Ce benjamin d’une fratrie de deux, longe les couloirs du palais de justice comme une ombre, souvent enfouie dans sa doudoune sans manche, le visage dissimulé sous une casquette noire.

Scolarité chaotique

Issu d’une famille mixte, il est très proche de ses grands-parents paternels : son grand père est vietnamien et sa grand-mère pied-noir d’Algérie, dont une partie de la famille a été victime du FLN. Romain Pugin a grandi en Ile-de-France, au sein d’un foyer instable et voue une haine tenace à sa mère, femme sans emploi, qui « rentrait bourrée le soir » et pouvait être violente. « Elle a pourri ma vie », lance-t-il à la barre. Quand ses parents divorcent, le père, ingénieur informatique, récupère la garde des enfants.

Décrit par ses proches comme un enfant docile, presque soumis, c’est au cours de son adolescence qu’il devient colérique et bagarreur. Tellement, qu’il est volontairement placé par l’ASE jusqu’à sa majorité. Il fume le cannabis dès ses 12 ans et cesse totalement de voir sa mère. Sa scolarité est chaotique : il quitte les bancs de l’école à la fin de la 3ème sans jamais se présenter au brevet. « Je voulais travailler pour me faire de l’argent », explique-t-il.

Il s’engage dans l’armée de terre, est affecté au troisième régiment des hussards en Allemagne avant de déserter au bout de six mois. L’armée le raye des cadres pour « inadaptation à la vie militaire ». Romain a du mal à gérer ses sautes d’humeur. Il prétend avoir été diagnostiqué bipolaire mais la psychiatre qu’il rencontre en détention ne relève pas de pathologie particulière si ce n’est une personnalité « carencée, abandonnique » et « immature », des fragilités qui auraient rendu attirante à ses yeux « une idéologie mettant en valeur une certaine caricature de la virilité ».

Survivaliste

Pour ses 18 ans, le jeune homme part s’installer à Londres. Il vit dans une auberge de jeunesse pendant plus d’un an. Il affectionne cette ville puisqu’il y retourne en 2010 et y reste deux ans. Il est disc-jockey dans une boite de nuit à Piccadilly Circus. C’est au retour que tout bascule. Il a 24 ans et s’installe chez sa mère qui ne parvient plus à payer son loyer. Il tente de sauver ses deux demi-sœurs d’une situation sociale difficile, enchaîne les petits boulots dans la grande distribution mais fini par quitter le domicile maternel pour s’installer dans une chambre de bonne à Paris. C’est à cette période, en 2013, que Romain Pugin rencontre Logan Nisin sur Facebook. Il intègre le MPNA – groupe néo-nazi crée par Logan Nisin et Olivier Biancciotto – et devient chef de section jusqu’à sa dissolution en 2015. Logan et lui militent alors à la Dissidence française. Romain fait aussi quelques missions dans la garde rapprochée de Jean-Marie Le Pen. Entre septembre 2016 et juin 2017 il est un « mousquetaire ».

C'est donc naturellement, qu'en septembre 2016 Romain s’inscrit dans le projet OAS. Celui qui se décrit « 100% pro Algérie française », est attiré par l'image de l'OAS historique, qu'il admire pour avoir combattu, dit-il, et sauvé sa famille. La corde sensible de l'expérience pied-noire rend ce projet fou crédible et légitime à ses yeux. Romain devait diriger le groupe des autonomes – les individus de confiance chargés d’actions secrètes, superviser les extorsions des chefs d’entreprise et trouver des armes pour l’organisation. Il était censé partir en Europe de l'est pour aller chercher des armes de guerre. Progressivement Logan et Thomas l'écartent : il est trop émotif. Une partie de l’activité du groupe lui est caché, conformément au système de cloisonnement.

Devant les enquêteurs, Romain décrit Logan comme « un ami et un confident » avant de dire qu'il l’a manipulé. Sur les échanges de messages avec ses camarades, il a pourtant des propos particulièrement violents. Il écrit à Thomas Annequin :

Il faut tous les buter ces nègres et ces bougnoules.

Sur son téléphone, la police retrouve une photo de lui cagoulé devant le drapeau du MPNA et quelques références nazies. Chez lui, un revolver à air comprimé et une carabine de chasse.

Pour celui qui se dit survivaliste, l’OAS était une sorte d’armée formée pour défendre la France en cas de guerre civile. Quand la procureure le questionne : « Vous vous rendez-compte que ce n’est pas de la légitime défense à laquelle vous vous préparez : vous avez dépassé un stade. » Il répond un laconique « ça se pourrait ». Au cours du procès, l’homme – de dix ans plus âgés que les autres prévenus – semble ne pas bien réaliser la gravité des faits. Prétendant, comme les autres, que tout n’était que fantasme il dit benoitement :

On était chez les bisounours.

En prises avec des angoisses et des idées suicidaires, Romain a aussi des réactions un peu paranoïaques. Sur son téléphone, il fait des recherches du type : « Détecteur de micro », « détecteur de caméra espion ». À la barre, il raconte qu’il avait eu peur d’une journaliste du Monde qui voulait lui parler à propos de Logan. Or ces recherches datent de février 2017. Logan n’a été arrêté que fin juin… Même réaction devant la psychologue du binôme d’accompagnement du SPIP, le service pénitentiaire d'insertion et de probation, qu’il soupçonne d’appartenir aux services de renseignement. En juillet dernier, il qualifiait encore l’État français de communiste...

Ses fragilités psychologiques le rattrapent pendant son année de détention provisoire. Il subit un choc carcéral qui l’emmène en unité de soins psychiatriques. Il y reste dix jours puis est placé à l’isolement. « L’isolement aurait généré une prise de conscience sur l’endoctrinement dont il a fait l’objet », note le SPIP en 2018. « C’est la pire descente aux enfers de ma vie », se souvient Romain, la « pire expérience que peut vivre un homme ».Le magistrat interloqué :« Pardon ? la pire expérience que peut vivre un homme ou la pire que vous ayez vécu ? » Lorsque son avocat, Me Duménil, lui demande s’il a conscience qu’il risque dix ans de prison, il répond : « Je préfère mourir ». Il a pris cinq ans.

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