En Corse, une « autonomie » tant désirée… et toujours refusée

Si Gérald Darmanin, à la mi-mars, a bien prononcé le mot jadis tabou à Paris, le concept se heurte toujours aux blocages des institutions et du personnel politique français.

L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, sensible aux revendications régionalistes qui avaient eu le vent en poupe durant les années 1970, permit à la Corse, avec un statut adopté dès 1982, d’être la première collectivité à expérimenter la décentralisation en France. Mais la « question corse », incluant la reconnaissance d’un « peuple corse »avec sa langue, sa culture et son histoire – réclamée vigoureusement alors par le Front de libération nationale corse (FLNC, mouvement indépendantiste armé créé en 1976) –, ne fut donc pas réglée pour autant, malgré cette première organisation administrative novatrice. En 1991, le statut dit « Joxe-Rossi » fait de la Corse une « collectivité territoriale à statut particulier », s’inspirant en partie de celui de la Polynésie, ce Territoire d’Outre-Mer (TOM) où l’autonomie, certes limitée, est sans doute l’une des plus larges conçues dans le cadre de l’État unitaire français. Même si ses « actes administratifs » de compétences territoriales adoptés à Papeete, intitulés « lois de pays », ne s’appliquent effectivement qu’après leur transposition votée par le Parlement français.

Le 9 mai 1991, une décision du Conseil constitutionnel censure l’un des premiers articles de ce statut (pourtant intégralement voté par le Parlement français), qui reconnaissait « le peuple corse, composante du peuple français » (reprenant là une délibération de l’Assemblée territoriale de Corse de 1988), considérant que la Constitution française ne concevait que le seul « peuple français ». Une question quasi sémantique, pour ne pas dire symbolique, puisque la Constitution (notamment en ses articles 72 et suivants) reconnaît « au sein du peuple français les populations d’outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité ». Populations… et non pas peuple.

Le statut de l’île de Beauté a ensuite évolué jusqu’à l’institution d’une unique Collectivité de Corse (CDC) et l’entrée en fonction de ses responsables après de premières élections en décembre 2015, quand Gilles Simeoni est élu à la tête de l’exécutif de la CDC. Maire de Bastia depuis 2014, il est à la tête d’une coalition nationaliste, principalement composée des autonomistes de son parti, Femu a Corsica, alliés aux indépendantistes de Corsica Libera, emmenés par Jean-Guy Talamoni, qui devient alors président de l’Assemblée de Corse. Reconduite en 2017, cette coalition remporte deux tiers des sièges à l’Assemblée, face à une opposition exclusivement de droite. En 2021, avec 60 % de participation, la victoire des autonomistes de Gilles Simeoni est encore plus nette, son parti obtient la majorité absolue, avec 32 sièges. Les deux principales formations indépendantistes, dont les listes ont fusionné au second tour et qui siègent désormais dans l’opposition territoriale, n’obtiennent que huit sièges, la droite stagnant avec 17 sièges (et 32 % des suffrages). Dans la majorité territoriale ou non, la « famille natio » compte donc plus de 72 % des sièges (et 67 % des voix).

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