Tisseurs de lien – 5/7 – Ces murs qui libèrent

La psychiatrie sombre, mais le pédopsychiatre Charles Pons et son équipe s’accrochent à une vision humaniste du soin, en rupture avec le « neuroscientisme » ambiant et la stigmatisation de la folie.

Erwan Manac'h  • 6 avril 2022 abonné·es
Tisseurs de lien – 5/7 – Ces murs qui libèrent
© Erwan Manac’h

Look de magicien déluré, bretelles bordeaux bouclées sur une chemise fantaisiste, barbe taillée à la perfection. Charles Pons débarque comme un éclat de rire dans l’annexe de l’hôpital psychiatrique Saint-Ylie, à Dole. Il a gominé ses moustaches en pointe, façon Salvador Dali, comme pour harnacher à son visage un sourire en toutes circonstances.

L’unité psychiatrique pour adolescents Perséphone est un labyrinthe de couloirs barrés de portes fermées, aux murs bardés de dessins d’enfants. On soigne des adolescents « très cabossés », qui ont souvent subi et/ou commis des choses graves. Ils arrivent là au cœur d’une crise ou à cause de troubles sévères du comportement, à la demande des parents, d’un juge pour enfants ou des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) qui en ont la charge. « Notre combat quotidien, c’est le meurtre et l’inceste », résume Charles Pons, qui aime à se présenter comme « PH au pôle Nord », c’est-à-dire praticien hospitalier, en l’occurrence psychiatre, en charge de la moitié nord du Jura. « Souvent, ce ne sont que des mots qui assassinent, comme répéter à un enfant qu’il n’est bon à rien. Quant à l’inceste, il ne suppose pas toujours un passage à l’acte. » À cet âge, les drogues ne figurent pas encore au cocktail des problèmes, mais les écrans… « Alors là, oui, tonne Charles Pons. C’est une source très importante de soucis. Les enfants sont exposés à une violence qui n’est pas de leur âge et se créent une inadaptation à la frustration. »

Le « groupe parole », rituel inaugural de la semaine à Perséphone, touche à sa fin. « Je pense que nous devons faire un gâteau pour le

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Santé
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant
Antifascisme : quand la gauche doute de son combat historique
Analyse 25 février 2026

Antifascisme : quand la gauche doute de son combat historique

Face à la tentation de renvoyer dos à dos « les extrêmes », aux fractures internes et aux ambiguïtés stratégiques, une question traverse le débat public : en brouillant les repères de son combat historique contre l’extrême droite, la gauche ne risque-t-elle pas de s’égarer elle-même ?
Par Pierre Jacquemain
Municipales 2026 : à Cayenne, l’enjeu sécuritaire dépasse la campagne
Reportage 24 février 2026 abonné·es

Municipales 2026 : à Cayenne, l’enjeu sécuritaire dépasse la campagne

Alors que la campagne des élections municipales débute officiellement dans quelques jours, le thème de la sécurité s’impose comme l’une des priorités des Cayennais. Neuf ans après le mouvement social historique de 2017, l’insécurité continue de structurer le débat public et de façonner les programmes des candidats.
Par Tristan Dereuddre
Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »
Reportage 20 février 2026 abonné·es

Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »

Au quartier pour mineurs du centre pénitentiaire de la ville de Moselle, si les surveillants sont en jogging et les jeunes ne sont plus envoyés au quartier disciplinaire, ces mesures n’ont pas fait disparaître le contrôle et l’isolement, intrinsèques à l’enfermement.
Par Pauline Migevant