Un horizon afroféministe radical et combatif

Au-delà de l’autodéfense, un mouvement grandissant de femmes noires et afrodescendantes oppose un contre-récit au roman national français qui les efface constamment.

Vanina Delmas  • 27 avril 2022 abonné·es
Un horizon afroféministe radical et combatif
© Pauline Tournier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
N ous ne nous laisserons pas massacrer, renvoyer, enfermer, assimiler, assister, marchander, ethnologiser, anthropologiser, exotiser, exploiter : nous allons faire notre histoire différemment. » Ces mots apparaissent en lettres majuscules dans une brochure rédigée en 1978 par la Coordination des femmes noires pour « briser l’isolement des femmes noires où qu’elles se trouvent ». Plus de quarante ans après, on retrouve ce même besoin de rendre visible l’articulation des oppressions raciste et sexiste subies par ces femmes et les afrodescendantes en France. Pour lutter contre, une myriade de collectifs, d’artistes et d’intellectuelles imposent petit à petit un mouvement afroféministe. C’est l’ambition de la militante et universitaire Fania Noël, cofondatrice du collectif Mwasi, qui a largement contribué à ce que l’afroféminisme émerge dans le paysage politique français. Ses années d’expérience dans la sphère des luttes lui ont permis de penser les rapports de force et une politique afroféministe dans ce contexte français, qu’elle détaille dans son essai très dense Et maintenant le pouvoir. Un horizon politique afroféministe (1). « La première étape de tout groupe visant un changement radical est de se construire, former un ersatz de programme et se définir. Depuis une quinzaine d’années, nous avons vu des personnes se dire afroféministes, puis des organisations politiques et des productions, créant ainsi un mouvement. Maintenant, on peut passer à la suite », glisse celle qui revendique d’appartenir à la branche « radicale, révolutionnaire et anticapitaliste » de cette mouvance. « Grandir dans une minorité en France hexagonale implique de vivre le racisme au quotidien, de ne pas se voir représenté ou seulement dans
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Susan George, grande conscience de « notre » gauche
Disparition 23 février 2026 abonné·es

Susan George, grande conscience de « notre » gauche

Retour sur le parcours de la fondatrice du mouvement altermondialiste, décédée le 14 février à 91 ans.
Par Olivier Doubre
Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »
Entretien 18 février 2026 abonné·es

Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »

La présidente de l’association Mountain Wilderness France bataille avec d’autres citoyens pour que les Jeux olympiques d’hiver 2030 n’aient pas lieu en France. Dans son livre Réinventons la montagne, elle imaginait trois scénarios pour les territoires montagneux, dont un qui anticipe la raréfaction de la neige et imagine un avenir écologique des stations de ski.
Par Vanina Delmas
Gisèle Pelicot, le déni dans la joie
Chronique illustrée 17 février 2026 abonné·es

Gisèle Pelicot, le déni dans la joie

Après avoir été élue femme de l’année par le Time en 2025, proposée au prix Nobel de la Paix, décorée de la Légion d’honneur, Gisèle Pelicot devient le phénomène littéraire qu’on attendait. « La Grande Librairie », Elle, Le Nouvel Obs, Le Figaro, Le Monde, la presse étrangère… tout le monde doit être témoin de la « résilience » de Mme Pelicot, sublimée par le titre Et la joie de vivre.
Par Cécile Cée
« Des intellectuels dits de gauche n’ont pas eu un regard pour la souffrance palestinienne »
Entretien 16 février 2026 abonné·es

« Des intellectuels dits de gauche n’ont pas eu un regard pour la souffrance palestinienne »

Denis Sieffert, éditorialiste à Politis, publie La mauvaise cause. Les intellectuels et la propagande israélienne en France. Il s’interroge sur les ressorts qui ont conduit, depuis deux ans et demi, des intellectuels à ignorer le massacre et la souffrance des Palestiniens, le génocide à Gaza et les agressions racistes en Cisjordanie. Entretien.
Par Olivier Doubre