Jean-Pierre Vernant : l’éveilleur s’en est allé
Jean-Pierre Vernant, professeur au Collège de France, est mort mardi 9 janvier à 93 ans. Philosophe, grand résistant et communiste atypique, il a profondément renouvelé l’étude de la Grèce antique, notamment grâce au comparatisme et à l’anthropologie historique.
dans l’hebdo N° 935 Acheter ce numéro
Fin 2004, à l’occasion de la parution du second tome de ses mémoires, la Traversée des frontières – qu’il savait son « dernier » livre –, Jean-Pierre Vernant nous avait reçus [^2] dans sa maison emplie de livres à Sèvres. Il s’y est éteint le 9 janvier dernier. Impressionnant autant par sa taille que par son érudition, il accueillait le visiteur avec chaleur et une grande simplicité avant de glisser, généralement au bout de quelques minutes, à un tutoiement « fraternel » qui mettait formidablement à l’aise son interlocuteur. Frappé ces dernières années par de nombreux deuils, il avait évoqué durant l’entretien, les larmes aux yeux, les grandes figures intellectuelles qu’il avait côtoyées, dont beaucoup furent ses pairs « au Collège » (de France). Ainsi Bourdieu, Foucault, Dumézil, Barthes formaient-ils « ce groupe où [il] se situai[t] » , ajoutant dans un demi-sourire : « Ça fait du monde, non ? » … L’amitié et la fraternité comptaient pour Jean-Pierre Vernant parmi les valeurs les plus essentielles, et ce depuis son plus jeune âge. Il est né à Provins en 1914, son père meurt au front dès 1915, et sa mère décède quelques années après. Il est donc élevé dans cette
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