Reformuler les termes du débat

Benjamin Dessus pose la question du nucléaire dans sa dimension scientifique et écologique mais aussi culturelle et politique. Il tente d’envisager ses critères de compatibilité avec le développement durable. Retrouvez les autres contributions sur « ces questions qui fâchent à gauche » dans notre rubrique Idées et sur le site de la revue Mouvements.

Benjamin Dessus  • 8 novembre 2007 abonné·es

Dans un pays comme le nôtre, où la question énergétique est trop souvent confondue avec celle de la production d'électricité, et l'électricité avec le nucléaire, il n'est pas étonnant que celui-ci ait de tout temps suscité la polémique, y compris au sein des partis de gauche et des syndicats ouvriers. La perspective du réchauffement climatique et de l'épuisement du pétrole, en redorant l'image d'une industrie en perte de vitesse au niveau mondial dans les années 1990, ne fait que raviver le débat.

À gauche, les uns, au nom d'un accès égalitaire de tous à une électricité abondante, sans carbone ou presque, nationale, défendent une extension rapide du nucléaire, non seulement chez nous mais aussi au niveau international, sans trop se préoccuper des dégâts éventuels sur la société et sur l'environnement. Soit qu'ils nient ou minimisent les quatre problèmes fondamentaux de cette filière : les accidents majeurs, la prolifération du nucléaire civil vers le nucléaire militaire, les matières et les déchets nucléaires dangereux, l'épuisement des réserves d'uranium. Soit qu'ils reconnaissent ces problèmes, mais fassent le pari que le progrès scientifique et technique permettra de les résoudre à temps.

Des militants de Greenpeace occupaient le site nucléaire d’Olkiluoto, en Finlande, en mai 2007, sur lequel doit être construit le premier réacteur EPR européen. COBBING/AFP

D'autres, également à gauche, considérant que ces problèmes ne sont pas aujourd'hui résolus (et pour certains qu'ils sont définitivement insolubles), refusent d'engager plus avant notre société sur une voie irréversible, au nom de la paix du monde, de la protection de l'environnement, des sociétés actuelles et des générations futures. Ils proposent une alternative fondée sur une plus grande maîtrise de la demande d'énergie et le recours aux énergies renouvelables.

Derrière ces arguments, se profilent des traditions culturelles et sociales divergentes qu'on retrouve dans bien d'autres domaines que le

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Idées
Temps de lecture : 9 minutes

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