« Un arrêt de religion civile républicaine »

Professeur émérite à l’École pratique des hautes études, spécialiste de la laïcité et ancien membre de la Commission Stasi, l’historien Jean Baubérot* revient sur la décision du Conseil d’État du 27 juin, confirmant le refus de nationalité française à une Marocaine portant la burqa.

Olivier Doubre  • 24 juillet 2008 abonné·es

Quelle appréciation portez-vous sur l’arrêt du Conseil d’État du 27 juin dernier ?

Jean Baubérot : Je tiens à redire que la burqa pose de véritables problèmes, d’abord au niveau de la vie sociale concrète, car elle empêche d’identifier la femme. ­Certaines institutions ont en effet besoin d’identifier les personnes, comme lors de concours, d’examens, au moment de voter, etc. En outre, la burqa pose évidemment le problème de la limitation – volontaire ou contrainte – de la liberté des femmes qui la portent. Toutefois, concernant la décision du Conseil d’État, j’ai consulté des juristes qui m’ont fait la même réponse : si cette personne s’était présentée sans burqa, elle aurait certainement obtenu la nationalité, et, si elle avait remis sa burqa ensuite, il n’aurait pas été question de la déchoir de sa nouvelle nationalité. Il y a donc ici une première contradiction. Le vêtement est par nature quelque chose de réversible, qu’on endosse et qu’on enlève, et lier la nationalité française à une telle réversibilité pose assurément un problème de logique. Un second problème se pose quant aux attendus de l’arrêt du Conseil d’État,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas
« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »
Entretien 8 avril 2026 abonné·es

« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »

Nicola Fratoianni, le codirigeant d’Alleanza Verdi e Sinistra (Alliance des Verts et de la Gauche) se réjouit de la victoire du « non » au référendum sur la réforme de la justice voulue par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Ce sursaut constitue pour lui un espoir pour le bloc progressiste.
Par Olivier Doubre
La misogynie comme stratégie politique
Analyse 8 avril 2026 abonné·es

La misogynie comme stratégie politique

Face à la progression des droits des femmes, l’hostilité à leur égard est devenue un levier électoral à activer, jouant sur les frustrations masculines. Décryptage d’un outil populiste qui oriente les manières de gouverner.
Par Juliette Heinzlef
Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire
Idées 3 avril 2026 abonné·es

Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire

Yuna Visentin retrace l’histoire des pensées juives pour affirmer leur force dans les luttes pour l’émancipation humaine et l’égalité. En premier lieu à l’égard du peuple palestinien.
Par Olivier Doubre