Le pays qui n’existe pas

Neuf ans après l’intervention des troupes de l’Otan, le Kosovo n’a toujours pas d’économie et vit exclusivement de l’aide internationale. Une situation qui arrange beaucoup de pays et permet bien des fortunes. Reportage.

Claude-Marie Vadrot  • 2 octobre 2008 abonné·es

Le 17 février, le Kosovo a proclamé son indépendance et, depuis le 17 juin, ce pays de 2 millions d’habitants vivant sur 10 000 km2 s’est doté d’une constitution. Mais, comme l’explique Albin Kurti, le responsable du principal mouvement d’opposition au Premier ministre, Hashim Thaçi, tout comme il existe de la bière ou du vin sans alcool et du café sans caféine, il existe des « indépendances sans souveraineté ». Lors de la proclamation de la Constitution, le texte a été paraphé devant les caméras sur un faux vieux parchemin, ce qui n’a pas suffi à faire du Kosovo, comptant encore une minorité de 200 000 Serbes réfugiés dans des zones protégées, un vrai pays. Bien que libéré de la Serbie depuis le 10 juin 1999 par les troupes de l’Otan. Le rêve du vieil opposant non-violent, le président Ibrahim Rugova, décédé en janvier 2006, ne s’est pas encore réalisé. Comme si les Occidentaux ne savaient quoi faire d’un territoire qui ne dispose d’aucune réalité économique et vient de servir de prétexte à la Russie pour reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, qui ne sont pas non plus des pays.

Les militaires de l'Otan (la KFOR) contrôlent la frontière avec la Serbie et la Macédoine. Claude-Marie Vadrot

Évidemment, le gouvernement trône dans un superbe immeuble du centre de Pristina, tout près de ceux des Nations unies et de l’Otan, qui opère dans le pays sous le nom de KFOR. Les ministres et leurs administrations s’agitent dans ce microcosme sans réellement détenir le pouvoir. Face à la menace de conflit armé entre la majorité kosovare et les minorités serbe et rom, malgré une police formée avec une forte participation des ex-rebelles kosovars, ce sont les troupes des Nations unies et de l’Otan qui veillent au maintien de l’ordre et contrôlent les frontières. Ce qui

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