Courrier des lecteurs Politis 1040

Politis  • 19 février 2009 abonné·es

Nous avons reçu cette lettre de Louis Skorecki, qui a été longtemps journaliste à Libération, en soutien à Florence Cousin, secrétaire de rédaction dans ce quotidien, qui a entamé une grève de la faim le 10 février à la suite de son licenciement.

Mourir à Libération ? Je ne suis pas le mieux placé pour parler de Libération ni de la crise qui l’agite. En même temps, vu mon passé (vingt-cinq ans de fidélité exclusive à Libé , dont je suis parti volontairement, mais à bout de force, à bout de nerfs, voici bientôt deux ans), j’en connais assez sur le fonctionnement de la maison Libération, celle de July autant que celle de Joffrin, pour pouvoir émettre deux ou trois hypothèses, ne serait-ce que des hypothèses purement météorologiques, des hypothèses d’ambiance, sur la crise grave, une crise d’un nouveau genre, qui l’agite.


L’ambiance. Il me reste deux ou trois amis, pas plus, à Libé. Les autres sont morts (Serge Daney, Michel Cressole) ou partis (Jean-Luc Allouche, Emmanuel Poncet…). Je ne veux pas dire par là que rester à Libé , c’est se mettre sur une position idéologique avec laquelle je serais forcément en désaccord, c’est juste un titre de presse déboussolé, sans énergie, fatigué tout autant par la mollesse de sa direction que par le manque d’enthousiasme de ses journalistes. Disons que c’est la lâcheté ambiante qui m’a fait partir, pas l’absence d’amis dans la maison.

Si je raconte tout ça (qui n’intéresse peut-être pas grand monde) c’est pour témoigner à la première personne du peu de cas qui est fait de la vie d’une de ses employées, Florence Cousin, qu’on tente de déstabiliser et de renvoyer brutalement du journal où elle travaille depuis plus de vingt ans, avec deux mois de salaire pour tout dédommagement, sous prétexte qu’elle serait « incompétente ». On aurait pu s’en rendre compte avant. Florence Cousin est actuellement secrétaire de rédaction à Libération , elle y a occupé sept ou huit postes différents par le passé. Elle sort d’une longue et grave maladie. Elle a entamé mardi 10 février, dans le hall du journal, une grève de la faim. Faut-il mourir pour son journal ?

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Courrier des lecteurs
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