Réponse à Hubert Védrine
Écrivain et journaliste, Serge Farnel* a réalisé une enquête de six mois dans la région africaine des Grands Lacs, après le génocide des Tutsis. Il réagit ici à notre entretien avec Hubert Védrine (Politis n° 1060).
Le génocide des Tutsis du Rwanda s’est accompagné de l’élaboration d’une fiction, dont un semblant de cohérence a projeté de nous la rendre « convaincante ». Ainsi les alliés politiques et militaires français des forces génocidaires parviennent-ils, à ce jour encore, à se soustraire à la pression d’une opinion séduite par la logique d’une histoire, pourtant reflet inverse de celle qui, à terme, prévaudra à l’Histoire. Telle est la fonction de l’analyse que nous propose, dans le numéro de Politis du 9 juillet, un Védrine pour qui « la discussion est légitime et utile ». « Légitimée » par le sacro-saint principe de la liberté d’opinion. À défaut de l’être par sa confrontation aux faits, la discussion s’avère en effet « utile » quand, dans l’incapacité de nous convaincre, le dernier recours de la France officielle des « années génocide » ne consiste plus qu’à suspendre notre jugement ad vitam aeternam. Entre les deux mamelles de l’information que sont la vérité et sa fidèle comparse, sa négation.
Et aux fins d’engager la « discussion », l’ancien secrétaire général de l’Élysée de se faire le conteur de la thèse officielle, avant de se féliciter que des juges espagnols aient participé à ce que « cette thèse existe », oubliant pour autant que la capacité de cette dernière à s’arroger une place dans le débat démocratique dépend moins de son existence que de sa résistance à la
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