Et moi, et moi et moi ?

Paul Pavlowitch  • 29 avril 2010 abonné·es

L’après-midi j’allais à l’enterrement de Sylvie, jeune quinquagénaire morte du sida. Il y avait du monde dans le petit cimetière, faut dire qu’à la campagne les gens prennent leur temps. Bref, tous sexagénaires à une poignée près, ils étaient là. Je les regardais, mes anciens copains ; un air de jeunesse flétrie flottait sur cette petite foule. Pathétique ? Déjà, il n’y a qu’à voir comment les juniors évaluent certaines de nos convictions parmi les plus fondées : – Oui, oui, le salariat c’est comme les religions et les patries : c’est la cata. – Ah ! Soixante-huitard le papy ? Les proches allaient se succéder au micro installé par les croque-morts. Sous les cyprès, un homme en noir, membre du clergé, nous entretenait du ciel qui se mérite sur ce ton onctueux-dégueulasse propre à tous les clercs lorsqu’ils nous chantent le cantique de l’autoréalisation individuelle. Les copains ne bronchaient

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