Dossier : Journalistes insultés, justice entravée, affaires étouffées

Sarkozy contre démocratie

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Le troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson, déclara un jour que s’il devait choisir entre un pays sans presse mais avec un gouvernement et un pays sans gouvernement mais avec une presse, il opterait sans hésiter pour la seconde hypothèse. Le sixième président de la Ve République française, Nicolas Sarkozy, préférerait sans nul doute la première tant, depuis son élection en 2007, il malmène, humilie et provoque ceux qui font profession d’informer.

Parce que la presse en ligne a désormais gagné en reconnaissance et imposé son indépendance, parce qu’on ne peut plus ignorer le travail d’enquête des journaux numériques, parce qu’Internet abrite un journalisme de qualité, aussi rigoureux qu’audacieux, parce que la culture participative et interactive du Web permet de regagner la confiance et de retrouver l’adhésion des lecteurs, pour toutes ces raisons que nous ne sommes évidemment pas les seuls à incarner, Mediapart fait aujourd’hui les frais publics et violents de cette attitude présidentielle, profondément contraire aux principes démocratiques.

Ce faisant, ce n’est pas seulement un métier que le pouvoir actuel met en cause, mais la démocratie qu’il dédaigne. Quand la Cour européenne des droits de l’homme, sise à Strasbourg, définit le journaliste comme le « chien de garde public » de la démocratie, elle ne lui délivre pas un brevet de sympathie obligatoire. Mais elle dit que ce qui est en jeu, à travers le libre exercice de cette profession, c’est un droit fondamental des citoyens, leur droit de savoir.

Pourtant gardien, au titre de sa fonction présidentielle, de nos droits fondamentaux, parmi lesquels cette liberté de l’information au premier chef, Nicolas Sarkozy n’en a cure. Aujourd’hui, avec l’affaire Bettencourt, devenue l’affaire Woerth et, potentiellement, une affaire Sarkozy, un pas supplémentaire a été franchi dans l’affirmation de cette détestation du contre-pouvoir journalistique, de sa vitalité, de son indépendance et de son irrévérence.
Ce qui se joue, ce n’est donc pas Sarkozy contre Mediapart, ou l’inverse. Mais, plus essentiellement, Sarkozy contre la démocratie.


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