Pigasse vs. Libé : un patron de gauche ne devrait pas faire ça

L’homme d’affaires se rêve en héros des médias de gauche… mais quand Libération enquête sur le management « brutal » de sa compagne, le voilà qui crie au « suicide collectif »… et tente de faire publier sa pub anti-Libé dans le ce même journal.

Loris Guémart  • 27 avril 2026
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Pigasse vs. Libé : un patron de gauche ne devrait pas faire ça
© Montage : Maxime Sirvins

Il se rêve ouvertement en riche héros des médias de gauche, et de la gauche tout court. Le renouveau d’un des deux médias qu’il possède au sein du groupe Combat, Radio Nova, rejaillissait positivement pour l’ex-banquier d’affaires qui se rêvait « banquier punk » Matthieu Pigasse. Avec l’aide de France Inter et de son licenciement de Guillaume Meurice en 2024, il avait pu constituer une dream team d’humoristes de l’actu.

Nulle part ailleurs que dans Libération ce virage n’était plus palpable. En octobre 2023, le quotidien racontait une Nova en détresse musicale après un plan de licenciements et un nouveau directeur chargé de faire remonter les audiences, quitte à abandonner un peu de la singularité de la station dans le paysage radiophonique. Le titre ? « La nouvelle grille apporte son lot de griefs. » Un peu plus de deux ans après, même journal, même journaliste, autre ton. « Une renaissance sous le signe d’un renouveau transgressif », titre Libé en janvier 2026. Si l’article critique toujours la playlist, il flatte le choix de l’humour sans limite et le succès des émissions.

Sur le même sujet : Guillaume Meurice : « J’ai autre chose à faire que de répondre aux gens qui sont choqués dans la vie »

Le travail journalistique réalisé dans le cadre de cet examen de la radio a sans doute conduit Adrien Franque à croiser une autre information. Celle-ci est publiée quatre mois plus tard : le comportement de la « directrice des marques » de Combat et compagne de Matthieu Pigasse, Wassila Meddas, serait source de « tensions » au sein du petit groupe médiatique.

Bref, circulez, rien à voir ici, puisqu’on est de gauche.

Outre son management « jugé brutal », Libé assure qu’elle est à l’origine d’une publicité sexiste de fort mauvais goût et réalisée par l’IA pour ne rien gâcher. En l’occurrence, un post Instagram diffusé en mars afin de vendre un maillot de football américain au nom des Inrocks, porté par une femme sans pantalon, pour célébrer le 40e anniversaire du magazine.

Et il est permis de se demander si la même Wassila Meddas n’est pas à l’origine d’un autre post diffusé sur les réseaux sociaux le 21 avril : « Merci Libération d’y avoir cru »lancent Nova et Les Inrocks à leurs publics. En fond, une courbe d’audience qui s’envole, encadrée de sept citations négatives provenant des deux articles de Libération évoqués ci-dessus.

Le soir même sur le plateau de Quotidien, Yann Barthès évoque l’article de Libé. Il demande à Matthieu Pigasse ce qu’il répond au « management brutal, humiliant et autoritaire » de Wassila Meddas, sans préciser qu’elle est sa compagne. Matthieu Pigasse répond que « la liberté d’expression » est un principe « aussi interne », puis met en avant la jeunesse, les responsabilités et le fait que Meddas soit « issue de la diversité ». Rebond de Barthès… pour défendre son invité en estimant « troublant qu’un média de gauche [Libé] (…) attaque un autre média de gauche »

« Méthode Bolloré »

Pigasse s’engouffre sur l’autoroute ouverte par Barthès : « On est dans l’entre-soi et le suicide collectif alors que le monde brûle. » Bref, circulez, rien à voir ici, puisqu’on est de gauche, un discours auquel les journalistes d’Arrêt sur images sont souvent confrontés dans leurs enquêtes. Accordons à l’équipe de Quotidien d’avoir posé ensuite deux timides questions de relance. Matthieu Pigasse répond que le « journaliste de Libération qui ne représente pas Libération » n’a jamais tenté de le joindre, puis commente sa pub anti-Libé, et se sort ainsi plutôt bien de la séquence.

Sur le même sujet : Matthieu Pigasse : Un homme tellement normal

Il faut attendre le lendemain soir pour que la hiérarchie du journal monte au créneau. Le directeur délégué de la rédaction Paul Quinio assure détails à l’appui qu’Adrien Franque, spécialiste médias historique de la rédaction, a bien échangé à plusieurs reprises avant publication avec le « chargé de communication chez Havas » de Matthieu Pigasse. Mais aussi que ce dernier a tenté de faire publier sa pub directement dans les pages de Libé – osé.

De la nouvelle version de Radio Nova, Adrien Franque écrivait en janvier : « Une antenne construite à sa main, des outrances destinées à polariser le débat public, un désir de radicalité assumé… Le cocktail sulfureux ressemble furieusement à une transposition, à gauche, des méthodes de Vincent Bolloré dans les médias. » Matthieu Pigasse souhaiterait lui donner raison qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

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