Jouons encore …

… puisque ça plait. De qui sont ces phrases des lendemains de l’écrasement du nazisme, quand on pouvait croire encore en un avenir moins sombre ?

Bernard Langlois  • 16 août 2010
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« Les milliers d’innocents assassinés, dont les cendres ont été enfouies dans la terre ou bien dispersées par les champs et les chemins, croyaient en la venue de l’heure du châtiment. En leurs ultimes instants, debout au bord de la fosse commune, franchissant le seuil de la chambre à gaz, ou marchant au bûcher, les condamnés adressaient à leurs bourreaux des paroles de malédiction, leur rappelaient l’inéluctable destin qui les attendait.

« Et le châtiment est venu. Le triomphe de la justice, après des années terrifiantes de domination nazie, nous donne le droit de regarder l’avenir avec espoir et confiance.

Illustration - Jouons encore …

( Procès de Nuremberg )

« Puisse dans le cœur des hommes vivre à jamais la haine du racisme et des idées monstrueuses.

« Puisse la mémoire des hommes conserver jusqu’à la fin des siècles le souvenir des souffrances et des morts atroces de ces millions d’enfants, de femmes et de vieillards assassinés. Puisse la mémoire sacrée des suppliciés être le gardien formidable du bien, puisse la cendre de ceux qui furent brûlés interpeller le cœur des vivants pour enjoindre les hommes et les peuples à la fraternité. »

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17 H 19 : cette fois, il semble que tout le monde sèche … Un indice : cherchez du côté des écrivains soviétiques.

21 H. 36 : Baloo encore gagnant !

Ces quelques lignes sont en effet signées du grand écrivain soviétique Vassili Grossman.

Illustration - Jouons encore …

Elles concluent l’avant-propos du Livre noir dont il fut, avec

Illustration - Jouons encore …

Ilya Ehrenburg, le principal maître d’œuvre.

Les deux hommes, qui étaient au début de l’offensive hitlérienne contre l’URSS, tous deux journalistes et correspondants de guerre, furent chargés en 1944 (sur une idée d’Albert Einstein), de recueillir, mettre en forme et rédiger en vue de publication un recueil de textes et de témoignages sur l’extermination des juifs par les nazis dans les régions occupées de l’URSS et en Pologne.

L’affaire se faisait, au départ, sous la responsabilité du Comité Antifasciste Juif (CAJ) avec le feu vert de Staline et de la direction soviétique. Mais les choses se gâtèrent par la suite — jusqu’à l’assassinat, en 1948, de Solomon Michoels, l’ancien président du CAJ, qui avait été dissous quelques mois plus tôt : l’antisémitisme d’Etat allait bientôt battre son plein, avec le célèbre procès dit « des blouses blanches » : pour Ehrenbourg et Grossman, longtemps communistes convaincus et écrivains honorés, l’heure sonnait de l’évitement prudent pour le premier, de la dissidence ouverte pour le second …

Illustration - Jouons encore …

Quant au destin du Livre noir recueil d’atrocités sans nom [^2] composé partie de témoignages directs, partie de textes de synthèse transposés de la plume de Grossman, il serait trop long d’en raconter ici l’incroyable odyssée.

La nouvelle édition [^3]
que publie cette année Actes Sud y pourvoit.

PS- Lire aussi : « Censure et redécouverte » , la belle critique de Jean-Pierre Thibaudat.

[^2]: « Je croyais tout savoir sur le sujet — écrit le responsable de la traduction (collective) en français — je n’avais jamais imaginé ce qu’avait été la Shoah en URSS » …,

[^3]: « Le Livre noir » textes et témoignages réunis sous la dir. d’Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman – trad. du russe par Yves Gauthier, Luba Jurgenson, Michèle Khan, Paul Lequesne et Carole Moroz – sous la dir. de Michel Parfenov – éd. Solin Actes sud – 1 136 p. – 35 €

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