M. le Maudit

Anne Coppel  • 7 octobre 2010 abonné·es

Lorsque j’ai appris la mort de Bruno Fabre, j’ai été glacée d’horreur et prise de fureur. Le piège s’était refermé sur lui. Lorsque je l’avais rencontré deux ans auparavant, les ressorts de cette tragédie commençaient à se nouer, mais comment imaginer qu’elle se déroulerait selon cette logique implacable que ma génération, nourrie de l’antipsychiatrie, croyait avoir déconstruite. Bruno était alors en plein désarroi : ce beau garçon, d’une intelligence remarquable, souffrait d’épilepsie. Les prescriptions médicales ne parvenaient pas à stabiliser sa maladie et, surtout, elles l’empêchaient de poursuivre ses recherches en mathématiques. Il en souffrait plus que de sa situation sociale, pourtant très précaire. Alors qu’il revenait d’une année où il avait été invité à l’université de Princeton, un congé-maladie l’avait privé de toute possibilité de poste en France : pas de

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