Une couverture …

… pour quatre.

Bernard Langlois  • 26 novembre 2010
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[Ce témoignage, que je reçois et vous livre, brut de coffre. Avec ma rage et mon impuissance.]

Mardi 23 novembre, Lyon-Perrache

En remontant vers le Mail [^2] sur la plateforme de Perrache, j’ai vu une famille albanaise qui attendait devant une porte close qui ne s’ouvrira pas pour eux. La mère et les deux enfants de 1 an et 4 ans étaient en larmes. Le père contenait difficilement les siennes.

Ils sont arrivés voici quelques jours à Lyon. Hier le Mail a pris la mère et les deux enfants mais pas ce soir. On leur a fermé la porte au nez.
Alors ils sont désespérés. Ils ne parlent pas français, un peu l’italien.

Il était 21h50. Il faisait 5°, ils avaient une couverture pour eux 4.

J’ai appelé le 115, en ce moment ce sont plus de 300 personnes à qui l’on répond chaque soir qu’il n’y a pas de place. Il faut rajouter toutes celles qui n’appellent plus, découragées.

Le préfet bloque le déclenchement du plan froid depuis le 3 novembre, date à laquelle il aurait dû être déclenché.


Illustration - Une couverture …

(AFP- Jacques Demarthon )

Ce plan froid, mort-né avant même d’avoir fonctionné, je n’y crois même plus… Les hôtels sont saturés par les demandeurs d’asile qui sont jugés prioritaires. Les centres d’hébergement sont pleins à craquer.
Alors 40 ou 50 lits supplémentaires, ça changera quoi ?

Jamais la situation n’a été aussi catastrophique. Les associations, les travailleurs sociaux, les bénévoles, jusqu’aux agents de sécurité à Perrache, personne n’a JAMAIS vu cela. Avant-hier, ils étaient une trentaine à Perrache à essayer de rentrer au Mail et ça a failli tourner à l’émeute, m’ont-ils dit.

La neige est annoncée pour la fin de la semaine sur Lyon.

Ce n’est pas possible qu’autant de personnes et surtout d’enfants en bas âge passent l’hiver dans ces conditions.
Il y aura fatalement des drames.
La préfecture est TOTALEMENT SOURDE.

L’Etat ne fait rien et laisse les gens mourir à petit feu dans la rue.

Il devient urgent de proposer d’autres solutions. On ne peut plus se contenter de pleurer avec les familles ou de manifester symboliquement.

Jean-Philippe.

[^2]: Foyer d’hébergement, cours de Verdun.

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