Pierre Étaix : « Un clown ne joue pas, il travaille ! »
Après quarante ans d’absence, l’ensemble des films de Pierre Étaix ressort en DVD. Cette résurrection est l’occasion de (re)découvrir un artiste complet : clown, cinéaste, gagman, graphiste. L’artiste revient sur son itinéraire, sur Jacques Tati, la Nouvelle Vague…
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Politis : Dès votre premier court-métrage, Rupture , qui date de 1961, le visuel et le langage sonore l’emportent sur la parole. Pourquoi ?
Pierre Étaix : C’est ce qui m’a toujours le plus intéressé ! J’ai été nourri dans mon enfance par les films de Laurel et Hardy, d’Harold Lloyd, de Keaton, et par les Chaplin. Tous en 8 millimètres. Pour moi, le cinéma comique, c’était cela. J’ai découvert le cinéma bavard par la suite, et cela ne m’a jamais vraiment tenté. Au reste, si j’ai travaillé avec Jacques Tati pendant quatre années, en commençant par lui proposer des numéros, c’est aussi parce que son cinéma était d’abord visuel et sonore, le dialogue n’y avait qu’une importance très relative : je ne dirais pas que c’est un dialogue fonctionnel, mais c’est un dialogue qui fait office de bruitage en quelque sorte.
Dans vos films, le récit burlesque avance toujours dans la maladresse, la gaucherie, la malchance. Serait-ce le ressort du burlesque ?
C’est la clé même. Il n’y a que le négatif qui puisse apporter le rire. Quelqu’un de très heureux, beau, intelligent, modeste, et riche de surcroît, ne peut pas faire rire ! J’ai toujours dit et je reste persuadé qu’il n’y a que les situations dramatiques qui font rire.
Votre façon de faire du cinéma semble indiquer qu’avant même de tourner vous avez déjà en tête le montage jusque dans ses moindres détails.
Tout à fait. Ce type de cinéma ne peut vivre que par le découpage. On ne peut pas écrire un scénario comme on écrit une histoire. Jean-Claude Carrière, qui a d’abord travaillé avec moi puis avec de nombreux autres metteurs en scène, le dit souvent. Avec les autres aussi, c’était à chaque fois une autre manière de travailler. Par exemple, Luis Buñuel écrivait une histoire, puis il mettait des numéros en face des phrases pour faire le découpage. Nous, nous décrivions tout ce que l’on allait voir dans l’image. Évidemment, c’est extrêmement laborieux à lire ! On