Le danger c’est l’information !

Christine Tréguier  • 6 janvier 2011
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« La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » , psalmodiait les élites du 1984 d’Orwell. Fin 2010, ceux qui nous gouvernent ont brillé par le même art de la novlangue, le même type de préceptes mille fois ressassés pour convaincre le petit peuple qu’eux œuvrent pour le bien dont les contestataires sont les ennemis.

Exemples : si vous parlez des conflits en Irak, en Afghanistan, en Palestine, ne dites pas guerre de « colonisation », « corruption » ou « intérêts financiers », dites qu’ils apportent la paix et la démocratie. Si vous évoquez les usines d’enfants chinois fabriquant le précieux iPhone, les demandeurs d’asile enfermés dans des camps, les familles de sans-papiers expulsées au petit matin, les chomistes-précaires fichés et contrôlés, les enfants suspectés de déviance et fichés, etc., ne parlez pas d’esclavage moderne, de rafles et de déportation, de répression ou de discriminations faites aux pauvres et aux minorités. Dites économie en voie de développement et liberté de consommer, quotas et politique d’intégration, sécurité et lutte contre la fraude. Dites aussi lutte pour la réussite scolaire et l’égalité des chances.

Et lorsqu’il est question de mettre en place un « Internet civilisé », n’allez surtout pas penser qu’il s’agit là de « censure à la chinoise », de prestataires-collabos, de surveillance des internautes et d’atteintes à la liberté d’expression et d’information. Dites protection de l’enfance, respect du droit des auteurs, droit à l’oubli (des turpitudes des puissants) et sûreté de l’État. C’est sur cette dernière allégation que s’est fondé le nouveau ministre des 0 et des 1, Éric Besson, pour s’opposer à l’hébergement en France de « sites Internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres États en raison des atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux » . Cela visait le scandaleux Wikileaks, celui qui révèle ce que les courtisans savent mais se gardent bien de dire. Celui qui donne dans la « transparence totalitaire ». Mais cela pourrait aussi bien s’appliquer à d’autres sites qui, à une échelle plus locale, surveillent et dénoncent l’arbitraire et les sectarismes des élus et de forces de l’ordre. Comme Indymédia Paris, qui s’est permis, à l’instar d’autres sites, de publier des photos de policiers en civil en action, identifiés pour certains… grâce à leur profil Facebook. Du copwatch, comme en Amérique, où la chose se pratique depuis le tabassage à mort de Rodney King. Intolérable, pas de ça chez nous !, a grogné le syndicat Alliance, poussant le shérif Hortefeux à porter plainte. Lequel ne sait plus où donner de la plainte entre calmer les ardeurs de journalistes trop inquisiteurs, faire taire ceux qui osent comparer les méthodes de son ministère à une pastille bien connue, ou interdire les manifs et autres rassemblements sauvages de « jeunes » organisés via Facebook. Sur ce point, Brice et Éric ont trouvé la solution : demander à Facebook d’ « éventuellement supprimer les appels à une manifestation illicite, et en identifier les auteurs » . Il suffisait d’y penser…

Que disent finalement ces interdits frappant des mots, des images, des métaphores et la diffusion de certaines informations ? Que l’expression des « opinions » contraires et le droit d’informer s’arrêtent aujourd’hui là où commence le droit des puissants à l’opacité. Qu’on ne s’étonnerait guère de les voir inscrire dans la Constitution un devoir de non-ingérence du citoyen lambda dans les affaires d’État. Et que tout ça étant la faute à Internet, ils n’ont plus qu’à éradiquer les blogs, Facebook, You Tube, et pourquoi pas Internet ? Faute de quoi, 2011 pourrait être… mouvementée.

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 3 minutes
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