Angela et Nicolas …

… de qui ce pastiche, et inspiré de quelle œuvre ?

Bernard Langlois  • 23 juillet 2011
Partager :

[ La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin. Angela von Mecklemburg et Nicolas de Neuilly se sont discrètement éclipsés de la réception offerte par le roi de Prusse. On entend, au loin, les accents du quatuor de Joseph Haydn. ]

Nicolas : Madame, l’heure est grave : alors que Berlin danse/ Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes./ Voyez la verte Erin, voyez l’Estrémadoure/ Entendez les Romains : ils appellent au secours !/ Ils scrutent l’horizon, et implorent les Dieux./ Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux/ Attendent de vous, madame, le geste généreux !/ De leur accablement ils m’ont fait l’interprète/ Leur destin est scellé, à moins qu’on ne leur prête/ Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez./ Cette cause est bien rude, mais laissez moi plaider…

Angela : Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu’il y a méprise/ Folle étais-je de croire à une douce surprise/ En vous suivant ici seule et sans équipage/ Je m’attendais, c’est sûr, à bien d’autres hommages !/ Mais je dois déchanter, et comme c’est humiliant/ De n’être courtisée que pour son seul argent !

Nicolas : Madame, les temps sont durs, et votre coeur est grand/ Vos attraits sont troublants, mais il n’est point décent/ D’entrer en badinage quand notre maison brûle !/ Le monde nous regarde, craignons le ridicule !/ Notre Europe est malade, et vous seule pouvez/ La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver !/ Nous sommes aujourd’hui tout au bord de l’abîme/ Vous n’y êtes pour rien, mais soyez magnanime !/ Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !/ Qu’on les châtie un peu, mais votre main de fer/ Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d’effroi !

Angela : J’entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière/ L’ouvrier mécontent, le patron en colère./ Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé./ L’or du Rhin, c’est leur sueur et leur habileté./ Et vous me demandez, avec fougue et passion/ De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?/ Ce serait trop facile et ma réponse est non !

Nicolas : On ne se grandit pas en affamant la Grèce/ En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !/ Nos anciens nous regardent, et nous font le grief/ D’être des épiciers et non pas de vrais chefs !/ Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère./ Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles/ Desserrez, je vous prie, le noeud de l’escarcelle !

Angela : Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle/ Votre éloquence est grande et mon âme chancelle…/ Mais si je disais oui à toutes vos demandes/ Je comblerais la femme, et trahirais l’Allemande !

( Ils s’éloignent, chacun de son côté … )

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don