Il voit du porno partout

Christine Tréguier  • 28 juillet 2011
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Cachez-moi cette pornographie que je ne saurais voir. Les censeurs en ont rêvé, Christian Vanneste l’a fait. Sa proposition de loi visant à lutter contre la pornographie, cosignée par une poignée de députés, est désormais enregistrée sur le site de l’Assemblée.

Petit rappel : Christian Vanneste, député UMP du Nord et membre de la Droite populaire, a acquis sa notoriété politique en déposant en 2005 le très controversé sous-amendement visant à faire reconnaître « le rôle positif de la colonisation ». C’est également lui qui, en 2009, a déclaré que l’homosexualité était «   inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité » . Poursuivi par SOS-Homophobie, Act Up et le Syndicat national des entreprises gays (Sneg) pour propos homophobes, il a été condamné en première instance et en appel avant d’être relaxé par la Cour de cassation.

Cet ardent défenseur de la bonne morale s’attaque donc aujourd’hui à la pornographie en ligne. Et l’exposé des motifs donne toute la mesure de sa vision d’un Internet dépravé : «  La pornographie, sans limite, envahit les foyers par le moyen d’Internet et s’insère de manière pernicieuse dans la vie de nombreux jeunes. La majeure partie ne cherche pas à y avoir accès a priori, mais se trouve face à des images et des vidéos qui ne correspondent pas à leur recherche. » Nous serions tous accros : « Rapidement, la pornographie devient une consultation régulière pour une personne qui en avait entendu parler et qui va à son tour banaliser cet acte vis-à-vis de ses proches. » Et nos enfants seraient en grand danger : « Se construisant à partir de la consultation de la pornographie, ils ne pourront que difficilement se confronter sainement aux différentes étapes de la vie : celle de devenir responsable vis-à-vis des autres, de fonder une famille, de manifester un équilibre et une stabilité nécessaires pour exercer une profession. »

Selon lui, 80 % des adolescents auraient déjà visionné des films pornographiques et un enfant de 10 ans sur trois aurait été contaminé. Ces victimes iraient inexorablement grossir les rangs d’« une nouvelle frange de population : celle des dépendants sexuels ». Une dépendance qui entraîne « honte et culpabilité jusqu’à détruire la vie intérieure de ceux qui en deviennent prisonniers », dépressions voire suicides pour certains, mais aussi « des familles [qui] se brisent, des emplois perdus, des ménages [qui] s’appauvrissent et la délinquance sexuelle [qui] augmente ».

Mais Vanneste a la solution pour sauver le monde d’une déliquescence imminente. Les autorités en charge de la protection de l’enfance et de la jeunesse n’ont qu’à transmettre aux fournisseurs d’accès (FAI) la liste de tous les sites pornos pour qu’ils les bloquent par défaut. Les adultes pouvant, s’ils le souhaitent, demander le déblocage site par site. Outre le probable désaccord de ceux-ci, il omet juste deux difficultés : celle de constituer « la liste » – 370 millions de sites pornos estimés, sans compter ceux qui officient incognito et changent fréquemment d’adresse. Et l’opposition du Conseil constitutionnel, qui a prévenu que, hormis pour les sites pédopornograhiques, il refuserait tout filtrage systématique.

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