De l’encre dans la semoule
Comme le dit Pierre Rabhi, « bientôt, quand on se mettra à table, plutôt que de se souhaiter bon appétit, il faudra se souhaiter bonne chance ». Après le bisphénol A dans les conserves, les pots pour bébé et les canettes, ou les phtalates dégagés par les emballages en plastique, des chercheurs suisses et allemands mettent maintenant en garde contre la présence de dérivés d’hydrocarbure dans les produits alimentaires commercialisés sous emballage cartonné. Il s’agit d’huiles minérales, qui composent à 70 % les encres utilisées pour personnaliser ces boîtes. Et elles sont, on s’en doute, totalement impropres à la consommation.Alerté par cette étude, l’UFC Que choisir a lancé ses propres tests sur des produits courants – riz, pâtes, coucous, chapelure et sucre en poudre – glanés dans les rayons de nos supermarchés. Les résultats le confirment, il y a bien de l’encre dans la semoule. « Les composés chimiques sont nombreux , explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC. Nous nous sommes concentrés sur les huiles minérales saturées, pour lesquelles la FAO et l’OMS ont fixé un seuil de 0,6 mg/kg d’aliments. » Cette recommandation, non contraignante, a été faite à la suite des expérimentations sur des rats. Et bien que l’ingestion d’huiles minérales saturées ait provoqué chez eux des dommages au foie, aux valves du cœur ou aux ganglions lymphatiques, aucune étude sur la toxicité pour l’homme n’a suivi.
Le test révèle que les huiles minérales passent systématiquement dans les aliments. Six produits seulement restent sous la barre de 1 mg/kg. Pour les quatorze autres, on passe à des taux de 3 à 6 mg (5 à 10 fois plus que le seuil autorisé). Le record revient au couscous Tipiak (35 mg, soit près de 60 fois plus), à la chapelure Leader Price (17 mg, 30 fois plus) et au couscous Golden Sun/Lidl (9,4 mg, soit 15 fois plus). Autre enseignement apporté par ces tests, plus de la moitié des emballages eux-mêmes présentent une très haute concentration en huiles minérales (de 40 à 455 mg/kg). Cela s’explique par la quantité d’encres utilisées pour la décoration du paquet, mais aussi par l’utilisation de certains cartons recyclés comprenant une part significative de journaux et de magazines, donc souillés par les encres d’impression. Les réglementations en matière de recyclage diffèrent selon les pays : en Allemagne, tout est mélangé, en France le tri est plus sélectif et, théoriquement, on écarte les journaux.
« Le cœur du problème , souligne Olivier Andrault, c’est que les matériaux d’emballage se sont multipliés, et que le contrôle des substances utilisées est entièrement laissé aux fabricants . » L’UFC réclame des tests fiables et des contrôles des autorités sanitaires et des fraudes. En ce qui concerne les huiles minérales, elle demande aux pouvoirs publics français et européens une étude sur la toxicité pour l’homme et une réglementation claire privilégiant les encres à base d’huile végétale ou d’huile minérale à faible taux de migration. Et les fabricants sont priés d’anticiper et d’utiliser ces substituts, un peu plus onéreux, sans mégoter sur le prix.
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