Fallait-il intervenir en Libye ?
Le débat sur le bilan de l’intervention occidentale en Libye est relancé par la chute de Kadhafi. Voici les arguments nuancés de Jean-Pierre Filiu,
qui est « plutôt pour », et de Patrick Haimzadeh, « plutôt contre ».
dans l’hebdo N° 1174 Acheter ce numéro
Professeur à Sciences-Po et auteur de la Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique , paru aux éditions Fayard en septembre 2011.
Les dictatures s’entretiennent en réécrivant l’histoire, et il importe sans relâche de revenir aux faits, têtus et entêtants. La contestation a commencé en Libye, à la mi-février, sous la même forme pacifique qui s’était déployée dans les rues de Tunisie et d’Égypte. C’est Mouammar Kadhafi qui a choisi de déchaîner la violence de sa répression armée contre ces manifestants aux mains nues. C’est le despote qui a juré d’aller les traquer « ruelle par ruelle » (« zenga, zenga » ) dans un discours assassin. C’est lui qui a lancé ses troupes de choc, ses tireurs embusqués, ses blindés et son aviation pour écraser les protestataires.
Et c’est pour éviter la liquidation que les révolutionnaires se sont soulevés à Benghazi, à Misrata, à Zawya et dans le djebel Nafoussa, prenant d’assaut commissariats, casernes et permanences politiques. Et c’est l’horreur des massacres d’État qui a fait basculer une minorité de