La dignité de Frantz Fanon

Pour le 50e anniversaire de la mort de l’essayiste engagé contre l’aliénation coloniale, un volume de ses œuvres et des ouvrages sur leur réception par le public.

Olivier Doubre  • 10 novembre 2011 abonné·es

En février 1952, la revue Esprit publie le texte d’un interne en médecine qui, à la faculté de Lyon, s’oriente vers la psychiatrie. Durant son stage de quatrième année, il a observé un étrange « syndrome nord-africain » . Le nom de cet étudiant, Frantz Fanon, est évidemment inconnu du grand public. Qui ignore également que le jeune homme est noir et originaire de la Martinique, l’une des plus anciennes colonies françaises, depuis 1946 « département d’outre-mer » grâce à Aimé Césaire, le grand poète de la négritude devenu après la Libération député-maire (alors PCF) de sa capitale, Fort-de-France. Texte visionnaire, aujourd’hui « encore d’une étrange actualité » , selon le mot d’Alice Cherki dans son superbe «  portrait  » de celui qu’elle connut en Algérie et dont elle fut à son tour l’interne, « le Syndrome nord-africain » décrit non pas tant un mal qui frapperait les ouvriers maghrébins examinés à Lyon par le jeune docteur Fanon, que « la difficulté du soignant de la métropole à entendre, au-delà de l’éventuelle barrière de la langue, cette réduction de l’autre à un objet, et son incapacité à s’ouvrir à un véritable accueil dépassant l’irritation, le mépris et l’agressivité » .

L’article d’Esprit choque évidemment à sa sortie, en particulier

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