Triste semaine pour la littérature : c’est d’abord l’éditeur et écrivain Hubert Nyssen, le fondateur d’une rayonnante maison d’édition, Actes Sud, qui s’en va (voir Politis 1177) ; et l’on apprend ce soir la mort de Pierre Dumayet, qui a le premier (avec son compère Desgraupes) fait aimer les livres à la télévision
Plus encore qu’à ### Cinq colonnes à la Une (outre les deux Pierre déjà cités, un troisième, Lazareff, et le réalisateur Igor Barrère), émission mythique de reportages, c’est peut-être à ### Lecture pour tous (là aussi, un troisième homme : Max-Paul Fouchet) que la postérité associera le nom de Pierre Dumayet : une grande émission d’intelligence, de partage, de respect du public qui n’avait besoin ni de paillettes ni de strass pour s’imposer.
Je vous parle d’un temps …
Justement, j’avais vingt ans, peut-être un peu plus, et Télérama (qui s’appelait encore Radio-Cinéma-Télévision ) me commande un article sur les émissions pour jeunes. Je devais interviewer trois producteurs animateurs : Albert Reisner, André Harris et Françoise Dumayet.
J’avais rendez-vous avec cette dernière sur le coup de sept heures du soir, chez elle (chez eux donc, Françoise et Pierre) boulevard de la Tour Maubourg. La bonne espagnole m’informe que « la madame n’est pas encore rentrée » , m’installe au salon et rentre chez elle, sa journée terminée.
Une heure après, toujours pas de madame. Je me sens un peu seulabre, et étonné d’y être laissé ainsi chez des gens que je ne connais pas …
Mais voici qu’entre monsieur, en mules et pyjama et le cheveu embrouillé d’un gars qui sort à peine d’une longue sieste. Je me présente et l’on s’explique : « Elle a dû oublier ! Et on ne vous a même pas servi un verre ? »
Un quart d’heure et un whisky après, le monsieur revient, déchiffonné et habillé en Pierre Dumayet : « Toujours pas là ? Je vais devoir sortir, j’ai une projection à Cognacq dans trois quart d’heure. Je vais voir s’il reste quelque chose à avaler, vous mangerez bien un morceau avec moi ? »
C’est ainsi que Françoise nous a trouvé, attablé tous les deux dans la cuisine, devant un reste de tomates farcies … Nous avions eu, lui le grand journaliste, moi le tout débutant, le temps de faire connaissance.
Quatre ou cinq ans après, je le retrouvais, sur Information première (la première équipe Desgraupes) sur la première chaîne d’un ORTF, qui n’en comptait que deux.
Le roi n’était pas mon cousin.
Salut Pierre.
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